Emeutes moldaves: Voronine menace de recourir à la force et accuse Bucarest

VIOLENCES Les émeutes perdurent et le ton monte avec la Roumanie...

MD (Avec agence)

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Crise politique en Moldavie après les résultats des élections législatives le 7 avril 2009 
Crise politique en Moldavie après les résultats des élections législatives le 7 avril 2009  — IDE

Les tensions demeurent à Chisinau. Le président moldave Vladimir Voronine a menacé mercredi de recourir à la force si les émeutes anticommunistes qui ont éclaté la veille se poursuivent. Il a aussi accusé la Roumanie d'être derrière la flambée de violences. «J'ai fait en sorte d'éviter toute effusion de sang dans des situations comparables dans les années 1989 et 1991, quand j'étais ministre de l'Intérieur», a déclaré le chef de l'Etat de cette ex-république soviétique de 4,3 millions d'habitants, cité par l'agence Ria Novosti. Bucarest a aussitôt réagi en démentant toute ingérence dans ce conflit.

La Roumanie ne répliquera pas

Mercredi midi, l'ambassadeur de Roumanie à Chisinau s'est vu remettre une note le sommant de quitter le pays dans les 24 heures, a annoncé le ministère moldave des Affaires étrangères. La Roumanie n'a pas l'intention d'utiliser l'arme de l'expulsion pour répondre à la décision de la Moldavie d'expulser l'ambassadeur roumain de Chisinau, a annoncé mercredi le Premier ministre roumain Emil Boc.

«Concernant les problèmes liés à la déclaration de persona non-grata de l'ambassadeur roumain de Moldavie, la Roumanie ne va pas faire usage de la réciprocité et ne va pas utiliser de telles procédures», a déclaré le chef du gouvernement, affirmant que Bucarest «continuera de mener la même politique européenne d'ouverture vers la Moldavie». Le ministère des Affaires étrangères a affirmé que Bucarest «ne prendra pas de mesures similaires concernant l'Ambassade de Moldavie en Roumanie».

 
Des mesures «appropriées»

«Hier, j'étais à la limite (de recourir à la force). Si ça se répète, des mesures appropriées pourront être prises. Le pouvoir a toutes les raisons de les prendre, en conformité avec la loi», a déclaré le chef de l'Etat. Sourds à ces menaces, un millier de manifestants affluait à la mi-journée dans le centre de Chisinau, la capitale moldave, pour une troisième journée de protestations après la victoire écrasante (50% des voix) des communistes dimanche aux élections législatives.

Du côté de l'opposition, la tension est à son comble. «Nous contestons les élections dont les communistes ont falsifié les résultats. Nous devons continuer à manifester, mais ne pas céder aux provocations», a déclaré Anatoli Petriencu, leader du Mouvement pour l'Europe. Mardi, de jeunes manifestants ont mis à sac le Parlement, jetant meubles et ordinateurs par les fenêtres, et occupé également la présidence avant que les forces de l'ordre ne reprennent le contrôle de la capitale dans la nuit.

Boire un whisky et fumer un cigare

Les difficultés sociales de ce pays, le plus pauvre d'Europe dont un quart de la population est partie travailler en Europe ou en Russie, et le manque de perspectives claires pour la jeunesse semblent être le principal catalyseur de ces émeutes. «Ce n'est que le début. Ce sont les communistes qui sont coupables, on n'a pas de quoi vivre ici, comment on peut vivre avec un salaire de 1.500 lei (100 euros)?», affirme Sergueï Mountian, 22 ans, ouvrier, en montrant le parlement aux fenêtres noircies. «On va s'arrêter quand on sera à leur place, quand nous aussi on pourra boire un whisky et fumer un cigare, comme le font les gens en Europe. On veut vivre normalement parce qu'ici c'est la misère" renchérit Gueorgui, âgé d'une vingtaine d'années.

Ce mouvement semble avoir pris forme spontanément, alimenté par des appels à manifester sur Internet et via des SMS. Le président moldave a accusé la Roumanie, dont la Moldavie fit partie avant d'être annexée par l'URSS, puis d'accéder à l'indépendance en 1991, d'être «impliquée dans tout ce qui se passe». Il a annoncé l'introduction d'un régime de visas avec la Roumanie, entrée dans l'UE en 2007, tandis que l'ambassadeur moldave à Bucarest était rappelé à Chisinau pour «consultations».

Vladimir Voronine, un ancien apparatchik formé à l'école de l'URSS, reste empreint d'une roumanophobie toute soviétique. S'il s'est tourné vers l'Europe en 2005, après une politique largement pro-russe, ses détracteurs déplorent un processus trop lent à leurs yeux de rapprochement avec l'UE.