«L'expert a semé le doute dans toutes les têtes»

REVUE DE PRESSE Les quotidiens italiens reviennent avec émotion sur le séisme. Et abordent deux polémiques, sur la prévisibilité de la secousse et la qualité du bâti…

Adrien Potocnjak-Vaillant

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 Les sauveteurs extraient un homme blessé de sa maison, à Aquila.
 Les sauveteurs extraient un homme blessé de sa maison, à Aquila. — Alessandro Bianchi / Reuters

«Un cercueil. Envoyez un autre cercueil.» «Encore ?» «Encore.» Ainsi débute le poignant éditorial de Gian Antonio Stella, dans le Corriere della Sera, qui rend compte de la tragédie qui a frappé la région de l’Abruzzo, au centre de l’Italie. «Pas un oiseau ne chante, seul le bruit des machines qui transportent de grandes pelletées de quotidien anéanti brise le silence pesant.» A Onna et dans ses environs, l’éditorial raconte des histoires d’habitants brisés, comme ce couple d’agriculteurs sauvé de justesse, mais aux machines détruites.

A la une des éditions spéciales des sites des principaux journaux italiens, figure également l’histoire de Marta, une jeune fille sauvée cette nuit après 23 heures sous les décombres, et plusieurs articles évoquant «ces chefs d’œuvres réduits en décombres», le patrimoine culturel détruit.

Mais une polémique monte, sur l’importance qu’il fallait accorder aux propos de Giampaolo Giuliani, un scientifique affirmant avoir prédit le tremblement de terre. Le Corriere della Sera raconte que l’«expert» a semé «le doute dans la tête de tous». Le curé Don Mauro dit ainsi: «On devra éclaircir, après, cette histoire d’expert. Pour comprendre pourquoi ils ne l’ont pas cru. Ils l’ont même dénoncé, alors qu’en fait il avait raison». Silvio Berlusconi, cité plus loin, est obligé d’affirmer qu’«il n’y a aucune possibilité de faire des prévisions, il n’y a personne qui peut dire s’il y aura des secousses dans les prochaines heures et les prochains jours ».

Comportement bizarre des serpents

Tous les journaux italiens évoquent cette polémique, comme La Repubblica qui apporte un éclairage historique et scientifique. Le quotidien rappelle que pendant l’hiver 1975, les autorités «de la province chinoise de Haicheng ont fait évacuer un million de personnes juste avant que se déclenche un tremblement de terre de magnitude 7,3, qui aurait pu faire 150.000 victimes», alertés par le comportement bizarre des serpents et la variation de hauteur de l’aquifère. Mais un an après, souligne le journal, «aucun scientifique n’a réussi à prévoir un séisme encore plus fort qui tua 250.000 personnes».

Un épisode emblématique, selon Aldo Zolo, professeur de sismologie à l’université de Naples et expert en «early warning». «Les signaux précurseurs des tremblements de terre existent probablement. Mais ils ne sont pas fiables», déclare t-il.

En Califonie, ce tremblement de terre n’aurait pas fait de victimes

La Stampa lance une autre polémique, sur la qualité du bâti italien, titrant son article par une déclaration de Giuseppe Zamberletti, président du comité «Grands tremblements de terre» de la protection civile. «En Italie, nous avons de petits tremblements de terres mais de mauvaises maisons», dit ce dernier. «Nous avons un patrimoine construit extrêmement vulnérable en zone sismique, c’est une malédiction que nous portons et contre laquelle nous devons lutter. Ce tremblement de terre en Californie n’aurait fait aucune victime», conclut-il.