L'Europe de la défense, encore en germe, reste au second plan

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C'est le grand argument de Nicolas Sarkozy : oui, la France retourne complètement dans l'Otan, mais c'est pour mieux développer l'Europe de la défense (PESD), d'ailleurs Barack Obama est d'accord. Au début de son mandat, le premier objectif était même conditionné au second. Pour le président français, les deux vont de pair. Les analystes, eux, sont sceptiques. Il manque d'abord une volonté politique à l'échelle européenne pour développer la PESD, encore à l'état embryonnaire. « Beaucoup de pays de l'UE se méfient de la France, soupçonnée de vouloir être le pilier de l'Europe de la défense tout en jurant la complémentarité avec l'Otan », explique Patrice Buffotot, du Centre de recherches politiques de la Sorbonne. Le Royaume-Uni, l'Allemagne et les pays de l'Est, redoutant la concurrence entre ces deux structures, « ont tout fait pour couper les ailes de la PESD », affirme Pierre Verluise, auteur de Vingt ans après la chute du mur - l'Europe recomposée (éd. Choiseul).

La question des moyens entre aussi en compte. La crise qui frappe les pays européens depuis plusieurs années les a incités à diminuer leurs budgets militaires. « La France, par exemple, pouvait envoyer sur le terrain 50 000 hommes. Dans le Livre blanc de la Défense en 2008, il est question de n'en envoyer désormais que 35 000 », relève Patrice Buffotot. Ainsi, poursuit-il, la majorité des 21 pays à la fois membres de l'Otan et de l'Union européenne « sait où sont les moyens : dans l'Alliance, pas dans la PESD. L'Europe de la défense a développé ses structures, mais pas ses moyens. Elle les a même plutôt réduits. » Conclusion, selon lui : « Plus l'Otan s'élargit, plus l'Europe de la défense est en danger. » ■F. V.