Á 60 ans, l'Otan va plancher sur son avenir

Faustine Vincent

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A l'heure où la France s'apprête à réintégrer pleinement l'Otan, les dirigeants de l'Alliance se retrouvent aujourd'hui à Strasbourg et demain à Kehl (Allemagne) en présence, pour la première fois, de Barack Obama. Ce sera l'occasion, pour le président américain, de tenter de rallier les Européens à sa nouvelle stratégie sur l'Afghanistan, au coeur des débats. A travers ce dossier, c'est la crédibilité et l'avenir de l'Otan qui sont en jeu, soixante ans après sa création. Petit tour d'horizon.

L'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan) est une structure militaire commune de défense. Son principe fondamental, défini par l'article 5 du traité, est qu'une attaque contre un membre est considérée comme une attaque contre tous. Produit de la guerre froide, l'Otan a été créée en 1949 pour s'opposer à la menace soviétique. La chute du rideau de fer a obligé l'Alliance à revoir son rôle.

La guerre froide terminée, l'Alliance a opté, au début des années 1990, pour une politique d'intervention au-delà du périmètre de ses fonctions historiques. C'est ce qu'elle a fait en Bosnie et au Kosovo et, aujourd'hui, en Afghanistan. Mais la question de sa raison d'être demeure, sans qu'on puisse obtenir de réponse claire. « L'Otan a étendu ses missions sur le plan géographique, mais aussi dans leur nature même [par exemple en Afghanistan, où elle participe à la reconstruction via des missions civiles], explique Frédéric Bozo, professeur à la Sorbonne (Paris-III). Le problème est de savoir jusqu'où vont s'étendre ces missions, et si elles doivent redevenir strictement militaires ou pas. »

C'est un constat partagé : oui, il faut la réformer. D'abord pour redéfinir clairement son rôle, donc. Ensuite, pour adapter sa structure et ses capacités militaires - conçues pour la défense du territoire de l'Europe occidentale - à ses nouvelles missions. Enfin, parce que le nombre de ses membres a plus que doublé depuis sa création après cinq élargissements successifs, passant de 12 Etats en 1949 à 28 depuis mercredi avec l'intégration de l'Albanie et de la Croatie. En outre, il est question d'une éventuelle coopération renforcée avec l'ONU et l'UE. L'Otan se donne un an pour remettre tout cela à plat et élaborer un nouveau concept stratégique. Le sommet d'aujourd'hui et demain doit donner le coup d'envoi.

C'est l'objet de la polémique dans l'Hexagone (lire p. 12). En 1966, sous la présidence de Charles de Gaulle, la France s'était retirée du commandement militaire intégré, qui intervient dans la planification stratégique. Son retour complet dans l'Otan, amorcé par Jacques Chirac en 1996 et réalisé par Nicolas Sarkozy, sera entériné ce week-end. « Du point de vue pratique, ce retour ne va pas changer grand-chose, estime Frédéric Bozo. Il est l'aboutissement d'une situation qui existait déjà, puisque la France n'a jamais vraiment quitté l'Otan. » Sur le plan financier, le pays augmentera sa participation de 80 millions d'euros - elle est de 145 millions d'euros actuellement. Reste à savoir si la France parviendra, comme elle le souhaite, à peser sur les décisions stratégiques de l'Otan, et à relancer la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) (lire ci-contre). La réponse sera apportée à l'épreuve des faits. ■