Grande-Bretagne : Boris Johnson admet une « erreur » devant le Parlement après le scandale de lobbying

DEMOCRATIE Le Premier ministre britannique Boris Johnson s'est expliqué ce mercredi devant le Parlement, après deux semaines d’un scandale de lobbying qui a nourri des accusations de corruption contre son camp

20 Minutes avec AFP
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Le Premier ministre britannique Boris Johnson le 17 novembre 2021 devant le 10 Downing Street à Londres.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson le 17 novembre 2021 devant le 10 Downing Street à Londres. — Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA

C’était une audition délicate pour Boris Johnson. Ce mercredi, le chef du gouvernement conservateur a dû répondre aux questions des chefs des principales commissions parlementaires après deux semaines de scandale de lobbying. Le Premier ministre a été rappelé à l’ordre très sèchement par le président de la chambre des Communes pour avoir tenté en vain d’intervenir pour éviter des sanctions à un élu conservateur mis en cause pour lobbyisme.

Face à l’opposition le traitant de « lâche », Boris Johnson a admis avoir fait une « erreur » en voulant « combiner un cas individuel » avec la volonté du gouvernement de modifier les règles disciplinaires pour les députés. Il a cependant rétorqué que le Royaume-Uni était « l’une des démocraties les plus propres du monde ». « Ces attaques constantes sur les niveaux de corruption et de favoritisme du Royaume-Uni rendent un très mauvais service aux milliards de personnes dans le monde qui souffrent réellement de gouvernements corrompus », a-t-il déclaré. « Quand quelqu’un dans mon parti se comporte mal, je l’exclus. Quand quelqu’un dans son parti se comporte mal, il tente de le tirer d’affaire », a dénoncé le chef du Labour Keir Starmer, réclamant des excuses.

Couper l’herbe sous le pied de l’opposition

Boris Johnson, affaibli dans les sondages, a proposé à la veille de cette audition de réformer le code de conduite parlementaire pour interdire aux députés d’être payés comme consultants politiques ou lobbyistes. Il veut aussi assurer que toute activité parallèle exercée par un député n’entrave pas ses tâches parlementaires.

Ces propositions, à la formulation encore vague, interviennent après de nombreuses révélations sur des activités de lobbying de députés conservateurs ou de seconds emplois très rémunérateurs exercés par ces derniers malgré leur mandat électoral. Espérant couper l’herbe sous le pied de l’opposition, le Premier ministre a publié sa proposition sur Twitter au moment même où le chef du parti travailliste Keir Starmer s’exprimait sur le sujet, mettant Boris Johnson au défi d’ordonner une « enquête indépendante » s’il veut véritablement « déraciner la corruption ». Boris Johnson a appelé à un soutien transpartisan pour sa proposition de réforme, avant un vote à la Chambre des Communes à l’initiative du parti travailliste visant aussi à interdire les postes rémunérés d’administrateurs et les rôles de consultants.

Royaume-Uni n’est « pas un pays corrompu ».

En venant le 3 novembre à la rescousse d’un député de son parti conservateur menacé de sanctions pour ses activités de lobbying, Boris Johnson a déclenché une tempête politique. A l’origine de cette affaire, une enquête parlementaire concluant que l’élu conservateur Owen Paterson avait fait pression à plusieurs reprises auprès de membres du gouvernement pour défendre deux entreprises pour lesquelles il agissait en tant que consultant rémunéré.

Estimant qu’il s’agissait d’une violation « flagrante » des règles encadrant le lobbying, la commission avait recommandé sa suspension pendant trente jours. Owen Paterson a finalement démissionné de son mandat de député. Boris Johnson est lui-même confronté à des questions concernant de luxueuses vacances à l’étranger ou la rénovation coûteuse de son appartement de fonction. Une semaine après le début de l’affaire, il s’est trouvé contraint de s’expliquer sur le sujet lors d’une conférence de presse à la COP26 sur le climat à Glasgow (Ecosse), au point d’avoir à déclarer que le Royaume-Uni n’était « pas un pays corrompu ».

La presse a épluché les activités des députés

De son côté, la presse a épluché les activités des députés et multiplié les révélations sur celles, souvent grassement rémunérées, qu’ils exercent en parallèle. Ainsi, Geoffrey Cox, ancien attorney general chargé de conseiller juridiquement le gouvernement, s’est trouvé mis en cause pour ses lucratives activités de conseil dans un paradis fiscal, les Iles vierges britanniques. Selon le tabloïd Daily Mail, il a travaillé près d’un mois à 6.000 kilomètres de sa circonscription et votant à distance au Parlement. Lui s’est défendu d’avoir enfreint les règles. Le quotidien The Guardian a affirmé que ces activités lui avaient rapporté plus de six millions de livres (sept millions d’euros) depuis son élection en 2005.

Avant de voter dans la journée, plusieurs élus ont d’ores et déjà fait part de leur opposition à une interdiction totale des seconds emplois, à laquelle Boris Johnson n’est pas non plus favorable. Sur la BBC, la ministre chargée du Commerce international, Anne-Marie Trevelyan, a estimé raisonnable pour un député de consacrer jusqu’à 20 heures par semaine à une activité parallèle, car cela apportait de la « richesse » au Parlement.