Affaire Epstein : Ombre du pédocriminel, prince Andrew, Jean-Luc Brunel… Les enjeux du procès de Ghislaine Maxwell

ETATS-UNIS Jugée pour trafic sexuel, l’ex-compagne de Jeffrey Epstein, qui est accusée d’avoir joué les « rabatteuses », risque la perpétuité en cas de condamnation

P.B. avec AFP
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Photo de Jeffrey Epstein et son ex-compagne Ghislaine Maxwell présentée par la justice de New York le 2 juillet 2020..
Photo de Jeffrey Epstein et son ex-compagne Ghislaine Maxwell présentée par la justice de New York le 2 juillet 2020.. — John Minchillo/AP/SIPA
  • La sélection du jury a démarré ce lundi au procès de Ghislaine Maxwell.
  • Accusée d’avoir joué les « rabatteuses » pour le pédocriminel défunt Jeffrey Epstein, Ghislaine Maxwell est notamment jugée pour « trafic sexuel ».
  • L’ombre de Jeffrey Epstein, mais aussi de plusieurs proches, notamment celles du prince Andrew et de l’agent de mannequins Jean-Luc Brunel, devrait planer sur ce procès.

EDIT du 29 novembre 2021 : Alors que débute ce lundi à New York le procès de Ghislaine Maxwell, soupçonnée d’avoir recruté dès 1994 des jeunes filles mineures pour Jeffrey Epstein, 20 Minutes vous propose cet article remontant au 16 novembre, date la sélection du jury pour le procès Maxwell.

Plus de deux ans après le suicide de Jeffrey Epstein, la justice s’attaque à son réseau présumé. Lundi, le procès très attendu de l’ex-compagne du pédocriminel défunt, Ghislaine Maxwell, a démarré à New York avec le début de la sélection du jury.

Notamment inculpée pour trafic sexuel de mineures, la fille de Robert Maxwell est accusée d’avoir joué les « rabatteuses » en recrutant des jeunes filles pour le compte de Jeffrey Epstein et de son entourage. Si l’ombre du pédocriminel, qui s’est suicidé en août 2019, va planer sur ce procès, d’autres personnalités devraient suivre de près l’audience, notamment le prince Andrew et l’agent de mannequins français Jean-Luc Brunel.

Qui est Ghislaine Maxwell ?

La fille du magnat de la presse Robert Maxwell est née à Maisons-Laffitte et possède la triple nationalité française-britannique-américaine. Figure mondaine de la jet-set de Londres et de Manhattan, elle s’est exilée à New York en 1991 après le scandale du détournement des fonds de pensions de l’empire familial et le suicide de son père.

Tour à tour compagne, amie, employée et facilitatrice sociale de Jeffrey Epstein, Ghislaine Maxwell, 59 ans, a été arrêtée en juillet 2020, après avoir joué à cache-cache avec les autorités et les médias pendant près d’un an à la suite du suicide de son ex-compagnon.

De quoi est-elle accusée ?

Ghislaine Maxwell fait face à une demi-douzaine de charges. Elle a notamment été inculpée d’exploitation sexuelle et de trafic sexuel de mineures, et risque la perpétuité en cas de condamnation. Les faits dénoncés remontent à la décennie 1994-2004. L’accusation se fonde sur quatre plaignantes anonymes – dont deux n’avaient que 14 et 15 ans – qui racontent avoir été approchées par des « rabatteuses », dont faisait partie Ghislaine Maxwell, près de leur école ou à leur travail.

Puis, après des séances de cinéma ou du shopping « entre copines », les jeunes filles étaient persuadées, pour quelques centaines de dollars, de venir faire un massage, présenté comme non sexuel, à un puissant New-Yorkais prêt à faire décoller leur carrière. D’après les procureurs fédéraux américains, Maxwell aurait également participé aux agressions sexuelles avec son compagnon, soit chez elle à Londres, soit chez lui à Manhattan, en Floride et au Nouveau-Mexique.

Un procès par « procuration » ?

Ghislaine Maxwell maintient son innocence et a plaidé non-coupable, dénonçant via ses avocats un « procès par procuration ». Malgré un accord conclu entre Jeffrey Epstein et les autorités fédérales de Floride, lors de sa première arrestation en 2007, protégeant son entourage de poursuites, une juge new-yorkaise a estimé que Ghislaine Maxwell pouvait être poursuivie à New York.

Ce point pourrait toutefois être contesté en appel ou devant la Cour suprême. Les circonstances sont différentes, mais Bill Cosby a notamment réussi à faire annuler sa condamnation en juin dernier en vertu d’un ancien accord passé avec un procureur.

L’ombre du Prince Andrew

Une autre ombre planera sur ce procès : celle du prince Andrew, qui a rencontré Jeffrey Epstein via Ghislaine Maxwell, cible depuis août d’une plainte au civil à New York pour « agressions sexuelles » déposée par une Américaine, Virginia Giuffre. Le duc d’York, qui assure ne « pas se souvenir » avoir rencontré son accusatrice, peine à expliquer l’existence d’une photo sur laquelle on le voit souriant, le bras autour de Virginia Roberts, avec Ghislaine Maxwell en arrière-plan.

Andrew a mis en doute l’authenticité du document sans parvenir, pour l’instant, à prouver qu’il s’agissait d’un photomontage. Virginia Giuffre ne fait toutefois pas partie des quatre plaignantes contre Ghislaine Maxwell pour ce procès pénal à Manhattan, et l’accusation devra faire preuve de prudence pour évoquer d’autres noms et dossiers.

Quid de Jean-Luc Brunel ?

Proche – personnellement et financièrement – de Jeffrey Epstein, l’ex-agent de mannequins Jean-Luc Brunel a été mis en examen et écroué à Paris en décembre 2020 pour le viol de Virginia Roberts. Cette dernière affirme avoir été livrée aux proches d’Epstein, notamment le prince Andrew et Jean-Luc Brunel, quand elle était mineure, en 2001.

Egalement placé sous le statut de témoin assisté sur le volet de traite des êtres humains, l’agent français avait affirmé à des avocats américains, en 2016, qu’il connaissait Ghislaine Maxwell depuis les années 1980, et que c’est elle qui lui avait présenté Jeffrey Epstein au début des années 1990. Des liens sur lesquels les procureurs américains – ou la défense de Ghislaine Maxwell – pourraient apporter des éclaircissements, avec une ouverture de l’audience fixée au 29 novembre.