La Biélorussie assure vouloir rapatrier les migrants tandis que l’UE va « durcir les sanctions » contre ce pays

IMMIGRATION Plusieurs milliers de personnes, dont de nombreux enfants, souvent originaires du Kurdistan irakien, ont passé une nouvelle nuit dehors par des températures négatives

20 Minutes avec AFP
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Des migrants bloqués à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie.
Des migrants bloqués à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. — State Border Committee of Belaru

Une situation toujours tendue à la frontière entre Pologne et Biélorussie… Et des migrants, dont de nombreux enfants, qui dorment dans un froid glacial. La Biélorussie a affirmé ce lundi travailler pour faire rentrer « chez eux » les migrants campant à la frontière avec la Pologne. Des assurances intervenant alors que l’Union Européenne va durcir les sanctions contre Minsk à cause de cette crise migratoire.

Plusieurs milliers de personnes, dont de nombreux enfants, souvent originaires du Kurdistan irakien, ont passé une nouvelle nuit dehors par des températures négatives, se réchauffant dans des tentes ou devant des feux de bois, selon des images diffusées par les médias d’Etat de la Biélorussie.

Des hommes, femmes et enfants entassés devant des barbelés

Ceux-ci ont également diffusé de nouvelles photos et vidéos d’une foule de candidats à l’émigration vers l’UE s’entassant à la frontière, séparés par des barbelés des forces de l’ordre polonaises casquées, masquées et déployées en nombre.

Les chefs de la diplomatie des pays de l’Union européenne sont eux réunis à Bruxelles pour adopter des mesures punitives, estimant que Minsk a orchestré la situation en réplique à une précédente vague de sanctions décidée après la répression de l’opposition dans ce pays.

L’UE a « modifié son régime de sanctions afin de pouvoir répondre à l’instrumentalisation des êtres humains à laquelle se livre le régime biélorusse », selon un communiqué publié lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept à Bruxelles.

« Nous allons encore durcir les sanctions », a indiqué le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas. « Aujourd’hui nous allons approuver un nouveau paquet de sanctions contre les Biélorusses responsables de ce qui se passe ».

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, qui s’est entretenu dimanche avec le ministre biélorusse des Affaires étrangères Vladimir Makei, a toutefois estimé que « les choses reviennent sous contrôle » concernant l’afflux de réfugiés.

Quelles sanctions ?

« J’ai dit au ministre biélorusse que la situation était totalement inacceptable, qu’une aide humanitaire devait être fournie et que nous devions réfléchir à la manière de résoudre le problème, en commençant par arrêter le flux (migratoire), arrêter les vols. C’est presque fait », a-t-il expliqué ce lundi.

Josep Borrell a rappelé que l’UE était en contact avec les pays d’origine et de transit de ces migrants. Il a expliqué que les Européens allaient notamment pouvoir punir les compagnies aériennes, agences de voyages, et « tous ceux qui sont impliqués dans l’acheminement illégal de migrants à nos frontières ».

Les sanctions européennes contre des responsables du régime biélorusse visent actuellement 166 personnes, dont le président Alexander Loukachenko. Elles consistent en un gel des avoirs et une interdiction d’entrée dans l’UE.

L’UE a en outre pris fin juin des sanctions économiques, qui frappent les secteurs clés de la potasse, du pétrole et du tabac. Elle a aussi interdit aux compagnies du Bélarus d’accéder à son espace aérien et à ses aéroports.

Convaincre les personnes de retourner chez eux

Le président biélorusse Alexander Loukachenko a assuré ne pas vouloir d’un conflit à sa frontière et travailler au retour des migrants « chez eux ». « Nous sommes prêts (…) à les mettre tous dans des avions qui les ramènent à la maison », a-t-il dit, selon l’agence d’Etat Belta. « Un travail actif est en cours pour convaincre ces gens ».

« Ces gens, il faut le dire, sont têtus », a-t-il ajouté. « Ils ne veulent pas rentrer. Il est clair qu’ils n’ont plus où rentrer, plus de domicile, et n’ont rien pour y nourrir leurs enfants ».

Les propos de l’imprévisible Alexander Loukachenko n’ont pas semblé convaincre les Européens. « Je n’ai aucune raison de croire que ce qu’il dit est vrai », a indiqué le chef de la diplomatie lituanienne Gabrielius Landsbergis.

Les Européens accusent Minsk d’avoir organisé depuis l’été des mouvements migratoires depuis le Moyen-Orient vers les frontières polonaises et lituaniennes pour se venger de sanctions occidentales.

Bras de fer diplomatique

« Nous n’avons jamais fait ça et nous n’avons pas l’intention de le faire », a nié ce lundi Alexander Loukachenko, avant de mettre en garde l’UE : « Ils veulent faire peur avec des sanctions, ils pensent que je blague mais rien de tel, nous allons nous défendre », a-t-il dit, faisant écho à son ministre des Affaires étrangères qui avait prévenu que toute mesure punitive s’avérera « contre-productive ».

Le président biélorusse s’était précédemment dit prêt à couper le transit du gaz russe vers l’Europe via son pays, mais Moscou, suzerain de Minsk, avait rapidement minimisé la portée de la menace. Le président Vladimir Poutine avait cependant estimé que les Européens se devaient de renouer le dialogue avec les Biélorusses.

La Russie a également rejeté les accusations de Varsovie, qui considère Moscou comme le commanditaire de la crise migratoire, sur fond de tensions russo-occidentales croissantes.

Lundi, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a encore jugé « erroné » d’imputer toute la responsabilité de la crise à Minsk et regretté que l’UE « fasse abstraction des idéaux européens d’humanisme » en ne portant pas secours aux migrants bloqués dehors dans le froid.

Les gardes-frontières polonais ont dit lundi matin avoir ainsi repoussé un groupe d’une soixantaine de migrants « agressifs », certains « jetant des pierres ». Puis une nouvelle foule de centaines de migrants s’est rassemblée à un poste frontalier fermé entre la Pologne et la Biélorussie, face aux rangées de policiers et de soldats polonais, selon des vidéos publiées par les gardes-frontières et l’armée polonaises.

« De plus en plus de groupes de migrants sont acheminés au poste frontalier de Kuznica par les forces biélorusses », a indiqué le ministère polonais de la Défense sur Twitter.

Interdiction de vol depuis Dubaï

En parallèle, la compagnie aérienne biélorusse Belavia a annoncé dimanche que Syriens, Irakiens, Afghans et Yéménites étaient désormais interdits de vol depuis Dubaï vers la Biélorussie, sur « décision des autorités compétentes des Emirats arabes unis ». La Turquie a fait de même la semaine passée.

De son côté, le gouvernement irakien a annoncé l’organisation jeudi d’un premier vol de rapatriement de migrants irakiens coincés à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne « sur la base du volontariat ».