La Russie n’a « rien à voir » avec la crise migratoire à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, assure Poutine

DIPLOMATIE Le président russe nie toute responsabilité alors que le corps d'un jeune Syrien a été découvert près de la frontière, portant à 11 le nombre de victimes de la crise migratoire

20 Minutes avec AFP
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Des migrants à la frontières entre la Biélorussie et la Pologne, vendredi 12 novembre 2022
Des migrants à la frontières entre la Biélorussie et la Pologne, vendredi 12 novembre 2022 — Leonid Shcheglov / BELTA / AFP

Le président russe Vladimir Poutine a rejeté dans une interview diffusée samedi toute responsabilité dans la crise migratoire en cours à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, où des milliers de migrants sont massés depuis des jours. Balayant les voix occidentales affirmant que Moscou avait orchestré avec Minsk l’envoi de migrants à la frontière orientale de l’Union européenne, Vladimir Poutine a renvoyé la responsabilité à l’Occident et à ses stratégies au Moyen-Orient.

« Je veux que tout le monde le sache. Nous n’avons rien à voir là-dedans », a déclaré le président dans une interview télévisée. « Nous ne devons pas oublier d’où viennent ces crises impliquant des migrants… des pays occidentaux eux-mêmes, y compris de pays européens ». Lors d’une rencontre à Moscou cette semaine, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov et son homologue bélarusse avaient déjà affirmé que les flux de migrants étaient provoqués par les interventions militaires occidentales au Moyen-Orient.

Vladimir Poutine a affirmé que les dirigeants européens devaient s’adresser directement au président bélarusse Alexandre Loukachenko pour résoudre cette crise, ce qu’ils rechignent à faire, depuis la contestation historique ayant suivi sa réélection en 2020.

La tension élevée à la frontière

Cette déclaration intervient alors que la pression ne faiblit pas aux portes de l’UE. Le corps d’un jeune Syrien a été découvert vendredi à proximité de la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, a annoncé ce samedi la police de la région de Podlasie (est de la Pologne). Selon un communiqué, « les causes du décès n’ont pas pu être déterminées sur place ». Ce décès porterait à 11 le nombre de victimes mortelles de la crise migratoire à cette frontière, selon les estimations des médias.

Par ailleurs, les policiers ont signalé une nouvelle tentative nocturne de passage forcé de la frontière par « une centaine de personnes », dans cette même région de Wolka Terechowska. « À la vue de policiers et soldats, les personnes se trouvant du côté bélarusse se sont enfuies dans la forêt », selon la police.

En même temps, les garde-frontières polonais ont évoqué une implication des forces bélarusses dans la destruction des fils barbelés. « La nuit, des soldats bélarusses ont tenté de détruire la barrière frontalière provisoire. Ils enlevaient des poteaux et déchiraient la concertina à l’aide d’un véhicule de service. Les forces polonaises étaient éblouies avec des rayons laser et effets stroboscopiques », selon un message des garde-frontières sur Twitter. La police des frontière a accusé aussi les forces bélarusses d’avoir « équipé les étrangers en gaz lacrymogène ».

Des milliers de migrants, la plupart originaires d’Afrique et du Proche-Orient, ont franchi ou tenté de franchir au cours des derniers mois la frontière de la Biélorussie pour entrer en Lituanie, en Pologne ou en Lettonie. L’Union européenne accuse le président bélarusse Alexandre Loukachenko d’avoir délibérément provoqué ce mouvement migratoire en réponse aux sanctions économiques qu’elle a prises contre la répression à l’encontre de l’opposition dans son pays. Des migrants ont rapporté avoir été obligés par les forces bélarusses de franchir la frontière mais avoir été refoulés par les gardes-frontières polonais, restant alors coincés à la frontière dans des conditions météo de plus en plus difficiles.