Etats-Unis : Kamala Harris, vice-présidente qui murmure à l'oreille de Joe Biden mais peine à trouver sa voie

ANALYSE La vice-présidente américaine, qui doit rencontrer Emmanuel Macron mercredi après-midi, espère asseoir sa stature, en vue de ses ambitions futures

Philippe Berry
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Kamala Harris, le 5 novembre 2021 dans le Maryland.
Kamala Harris, le 5 novembre 2021 dans le Maryland. — UPI/Newscom/SIPA
  • En visite en France, Kamala Harris rencontre Emmanuel Macron ce mercredi après-midi.
  • Face à un Joe Biden expérimenté, la vice-présidente des Etats-Unis peine à trouver sa voie et son rôle.
  • Mais Kamala Harris reste la « dernière personne consultée » par le président américain et espère lui succéder en 2024 ou en 2028.

De notre correspondant aux Etats-Unis,

A la vice-présidence, la règle cardinale est la même qu’en médecine : « First, do no harm » (« Avant tout, ne fais pas de mal »). Et si Kamala Harris l’a globalement respectée, en évitant tout faux pas majeur ternissant la présidence de Joe Biden pour l’instant, l’ancienne sénatrice de Californie a peiné à exister au cours d’une première année compliquée. En rencontrant Emmanuel Macron, ce mercredi, la vice-présidente des Etats-Unis veut faire coup double : poursuivre la réconciliation transatlantique après le feuilleton des sous-marins et solidifier sa stature en vue d’une éventuelle candidature en 2024 ou 2028.

Quand Joe Biden l’a choisie comme colistière, après la mort de George Floyd et un été de mobilisation contre le racisme, Kamala Harris s’imposait comme une évidence. Et cela a payé : la communauté afro-américaine s'est plus mobilisée durant la campagne présidentielle. Ce qui s’est avéré cruciale à Atlanta, Milwaukee et Detroit pour permettre à Joe Biden de devancer Donald Trump de quelques dizaines de milliers de voix. Mais la pandémie est passée par là et les Américains semblent aujourd’hui d’avantage préoccupés par le prix de l’essence et par l’inflation des denrées de première nécessité que par la justice sociale et raciale.

Les électeurs ont d’ailleurs envoyé un message d’avertissement sans équivoque aux démocrates la semaine dernière, en élisant un républicain gouverneur de Virginie. Cet Etat avait été remporté par Joe Biden avec dix points d’écart en 2020. Kamala Harris, qui s’est mobilisée dans ce scrutin, avait prévenu avant le vote : « Le résultat en Virginie va déterminer en grande partie ce qui se passera en 2022 et en 2024. »

Popularité en chute

Kamala Harris, qui affichait encore 53 % d’opinions favorables en février dernier, a chuté de 13 points dans les sondages en huit mois, à 40 % aujourd’hui, selon la moyenne de RealClearPolitics. C’est 2,5 points de moins que Joe Biden, et pire que Mike Pence, Al Gore ou Dick Cheney au même stade de leur vice-présidence.

Si la popularité de Joe Biden a commencé à s’effondrer fin juillet, après le retrait compliqué des troupes américaines d'Afghanistan, celle de Kamala Harris a vacillé dès juin. A l'époque où Joe Biden lui a fait un cadeau empoisonné en la plaçant en charge de l’épineux dossier de l’immigration illégale en provenance d’Amérique centrale. Face aux critiques des républicains qui semblent marquer des points, la vice-présidente s’est rendue au Guatemala. Celle qui a dû y jouer les équilibristes a toutefois prôner un message de fermeté, lançant un « Ne venez pas » aux migrants qui lui a valu des critiques de l’élue progressiste Alexandria Ocasio-Cortez.

Kamala Harris en visite à l'Institut Pasteur, à paris, le 9 novembre 2021.
Kamala Harris en visite à l'Institut Pasteur, à paris, le 9 novembre 2021. - Sarahbeth Maney/AP/SIPA

Objectif 2024 ou 2028

Reste que sa relation avec Joe Biden, polaire après leur clash télévisé de la primaire, s’est réchauffée. Et Joel Goldstein, professeur de droit constitutionnel à l’université Saint-Louis, auteur de plusieurs livres sur la vice-présidence, assure que Kamala Harris a le statut privilégié de « dernière personne consultée » par Joe Biden, notamment « pour son ambitieux programme de dépenses Build Back Better, la pandémie et le climat ». Première femme et première personne noire et d’origine indienne à accéder à la vice-présidence, elle « a une voix importante dans une administration inclusive et porte celle de groupes qui ont souvent été absents du pouvoir décisionnaire », poursuit l’universitaire.

Kamala Harris rêve d’aller toujours plus haut. Pour l’instant, l'ambitieuse doit attendre patiemment que Joe Biden se décide à repartir pour un second mandat, ou pas. Au printemps dernier, le président américain, qui approchera des 82 ans en novembre 2024, avait assuré qu’il avait l’intention de rester à la Maison-Blanche quatre ans de plus. Dans le cas contraire, une seule chose est sûre : Kamala Harris aurait de la concurrence lors de la primaire, surtout si sa cote de popularité reste à ce niveau et que les démocrates connaissent une déroute lors des Midterms. Et en cas de succès, un vice-président devient rarement le commandant en chef des Etats-Unis par les urnes. Sur 46 présidences, ce n’est arrivé que quatre fois, dont deux à l’époque moderne avec George Bush père et… Joe Biden.