Vaccination en Israël : Comment le pays a généralisé la troisième dose pour tous

CORONAVIRUS Cet été, Israël a fait le choix de généraliser la troisième dose de vaccin contre le coronavirus à l’ensemble de la population, avant de la conditionner à l’obtention du pass sanitaire

Manon Aublanc
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Un Israélien reçoit une injection de rappel du vaccin contre le coronavirus à Jérusalem, le lundi 30 août 2021.
Un Israélien reçoit une injection de rappel du vaccin contre le coronavirus à Jérusalem, le lundi 30 août 2021. — Maya Alleruzzo/AP/SIPA
  • Lors de son allocution, ce mardi soir, Emmanuel Macron pourrait annoncer le conditionnement de la troisième dose pour l’obtention du pass sanitaire chez les personnes concernées par la campagne de rappel.
  • Une solution pour laquelle a opté Israël début octobre, après avoir élargi la troisième dose à toute de la population âgée de 12 ans et plus cet été.
  • Résultat, le nombre de cas a diminué drastiquement, passant de 10.000 par jour en moyenne mi-septembre à 500, début novembre.

 

Emmanuel Macron va-t-il prendre exemple sur Israël en matière de vaccination ?  Le chef de l'Etat, qui doit s'exprimer devant les Français ce mardi soir, pourrait annoncer le conditionnement de l’obtention du pass sanitaire à la troisième dose chez les personnes concernées par la campagne de rappel.

Une mesure qui s’inspirerait directement d’Israël, qui a lancé la campagne de rappel fin juillet, avant de lier la troisième dose au pass sanitaire, début octobre. Résultat, ce lundi 8 novembre, les Israéliens étaient plus de 42 % à avoir reçu leur injection de rappel, selon les autorités sanitaires. Retour sur la stratégie adoptée par l’Etat hébreu.

Un contexte sanitaire tendu

Scruté depuis près de deux ans par le monde entier, Israël a fait office de laboratoire pour le reste de la planète, en vaccinant massivement dès décembre 2020, après un accord avec le géant pharmaceutique Pfizer. Si l’épidémie a fortement ralenti au printemps dans le pays – l’Etat hébreu frôlant même l’immunité collective –, l’apparition du variant Delta a relancé la circulation du virus au début de l’été. Alors qu’une dizaine de cas étaient recensés début juin en Israël, le chiffre a dépassé la barre des 2.000 en juillet.

Dans le même temps, des scientifiques israéliens ont affirmé, dans une étude publiée dans The New England Journal of Medicine, que l’immunité vaccinale contre le coronavirus diminuait au fil des mois, malgré les deux doses, entraînant l’apparition plus fréquente de formes graves. « L’efficacité du vaccin Pfizer diminue après cinq mois. Lorsque l’immunité s’étiole et qu’un variant contagieux (comme le Delta) circule, c’est un désastre », a expliqué Gabi Barbash, ancien directeur général du ministère de la Santé israélien et actuellement à l’Institut de recherche Weizmann, auprès de l’AFP.

Face à la hausse spectaculaire des cas, les autorités israéliennes ont décidé, fin juillet, de lancer une campagne pour permettre aux personnes âgées de 60 ans et plus de se faire injecter une troisième dose de vaccin. « A l’époque, la difficulté pour Israël était liée à l’absence d’études médicales ou d’exemples à l’étranger sur la troisième dose. Israël a été le premier pays au monde à vacciner en masse et s’est donc retrouvé six mois plus tard à être le premier à devoir gérer la dose de rappel », a déclaré Julien Bahloul, spécialiste de la société israélienne à 20 Minutes.

Elargissement à toute la population

Malgré cette campagne de rappel pour les plus de 60 ans, les contaminations ont continué de grimper, cet été en Israël, avec plus de 11.000 cas quotidiens enregistrés début août. Une hausse qui a incité le gouvernement de Naftali Bennett à abaisser progressivement l’âge du rappel à 50 ans, mi-août, puis 30 ans une semaine plus tard, avant de l’ouvrir fin août à toute la population à partir de 12 ans. Mais l’Etat hébreu ne s’est pas arrêté là. Pour inciter la population à faire la dose de rappel, le gouvernement a conditionné début octobre l’obtention du « Green pass » – l’équivalent du pass sanitaire français – à l’injection d’une troisième dose. « Début octobre, le gouvernement a annulé tous les pass sanitaires en vigueur et a obligé la population à en télécharger un nouveau, accessible donc uniquement aux vaccinés avec trois doses ou deux doses de moins de six mois », détaille le spécialiste de la société israélienne.

Mais ce n’est pas tout. Après avoir fermé les frontières et réimposé la quarantaine au retour de voyage cet été, le gouvernement a changé de stratégie en septembre, en annulant la quarantaine pour les voyageurs vaccinés avec trois doses ou deux doses il y a moins de six mois. « L’effet a été immédiat : le soir même, il y avait d’immenses files d’attente aux centres de vaccination. Les Israéliens voulaient se vacciner avant les congés des fêtes juives pour voyager », a assuré Julien Bahloul, qui a ajouté : « Le deal était simple : on se faisait vacciner ou on était confinés pendant les fêtes juives ». Résultat, début octobre, plus de 3,4 millions d’Israéliens avaient reçu leur troisième dose de vaccin contre le coronavirus, soit près de 40 % de la population.

Une troisième dose efficace

Plusieurs mois après le lancement de la campagne de rappel, la troisième dose semble porter ses fruits : le nombre de contaminations quotidiennes et de cas graves en Israël a diminué et s’est stabilisé. Depuis mi-octobre, le nombre de contaminations quotidiennes est repassé sous la barre des 1.000 cas. Mi-septembre, le taux de cas graves avoisinait 4 pour 100.000 habitants chez les « triples vaccinées », contre 35 pour 100.000 pour les personnes ayant reçu une ou deux doses, et 150 pour 100.000 pour les non-vaccinés, selon les autorités sanitaires israéliennes.

« Si vous avez 60 ans et plus et que vous n’êtes pas vaccinés, vous avez 35 fois plus de chance de développer des effets graves, et huit fois plus si vous avez reçu deux doses, que si vous avez reçu la dose de rappel », a détaillé Cyrille Cohen, professeur à l’université Bar Ilan et membre du comité scientifique du gouvernement sur la vaccination, auprès de l’AFP.

Certains spécialistes, comme le professeur Salman Zarka, estiment qu’il faudra même une quatrième dose dans quelques mois en raison de l’apparition de nouveaux variants et de la baisse de l’immunité vaccinale. « Il semble que tous les quelques mois – cela pourrait être une fois par an, tous les cinq ou six mois – nous aurons besoin d’une nouvelle injection », a-t-il confié début septembre au Times of Israël.