Israël rend officiellement « illégales » six ONG palestiniennes

CONFLIT Les six ONG, soutiennent ne pas avoir eu accès aux preuves à leur encontre alors que l'armée israélienne les soupçonnent de mettre « en péril la sécurité de l’Etat d’Israël »

20 Minutes avec AFP
Des militants israéliens de gauche manifestent devant le ministère de la Défense à Tel-Aviv contre la décision israélienne de déclarer six groupes palestiniens de défense des droits humains comme « organisations terroristes », le 26 octobre 2021.
Des militants israéliens de gauche manifestent devant le ministère de la Défense à Tel-Aviv contre la décision israélienne de déclarer six groupes palestiniens de défense des droits humains comme « organisations terroristes », le 26 octobre 2021. — AFP

L’armée israélienne a signé dimanche une série de décrets rendant « illégales » jusqu’en Cisjordanie occupée six ONG palestiniennes placées récemment sur sa liste des « groupes terroristes », une mesure qui devrait encore compliquer le travail de ces organisations. Le 22 octobre, le ministère de la Défense avait annoncé avoir placé six ONG palestiniennes, dont certaines œuvrant pour la défense des droits humains et des prisonniers, sur sa liste noire en raison de liens supposés avec le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), un groupe marxiste considéré comme « terroriste » par les Etats-Unis et l’Union européenne.

Amnesty International, Human Rights Watch et de nombreuses organisations israéliennes avaient aussitôt déploré cette désignation qui pourrait avoir pour conséquence d’assécher le financement de ces ONG, dont certaines reçoivent des fonds européens, et de limiter les déplacements de leurs membres.

Les ONG ont 14 jours pour faire appel de la décision

Dimanche, le commandant Yehuda Fox, chef de l’armée israélienne pour la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël, a mis en œuvre cette mesure par des décrets déclarant ces organisations « illégales » car « faisant partie » du FPLP et « mettant en péril la sécurité de l’Etat d’Israël ». Les six ONG, qui soutiennent ne pas avoir eu accès aux preuves à leur encontre, ont 14 jours pour interjeter appel de cette décision, soulignent les décrets.

Le service secret intérieur israélien, le Shin Beth, avait accusé en mai ces organisations d’avoir détourné des fonds de « plusieurs pays européens » au profit du FPLP, une source israélienne affirmant que « des dizaines de millions de dollars » avaient été transférées sans « qu’aucun des gouvernements ne sache où allait l’argent ».

La question des preuves débattue

Mais un rapport de 74 pages du Shin Beth sur cette affaire --consulté ce week-end par l’AFP et dont le +972 magazine, un média palestinien indépendant, avait en premier lieu obtenu l’accès-- offre peu d’éléments pour étayer des relations entre le FPLP et les ONG. Le dossier s’appuie sur des entretiens avec Saïd Abedat, un « membre actif » du FPLP licencié pour détournement de fonds par le « Health work committees », une organisation palestinienne pour laquelle il travaillait et qui ne fait pas partie des six ONG qualifiées de « terroristes ».

Dans ses déclarations à la police israélienne, Saïd Abedat affirme que les employés de ces ONG sont pour la plupart des agents du FPLP. Mais le dossier n’offre aucune contre-vérification du témoignage de cet homme et des trois autres personnes interrogées. « Personne n’a fourni ne serait-ce que l’ombre d’une preuve. Le dossier révélé par le +972 magazine n’est fondé sur absolument rien qui pourrait, même de loin, justifier des désignations » pour terrorisme, a commenté auprès de l’AFP Michael Sfard, un avocat israélien spécialisé dans les droits humains et qui conseille notamment l’ONG al-Haq, rendue illégale.

Les six ONG nient tout lien avec le FPLP

Contacté dimanche par l’AFP, un porte-parole du Shin Beth a indiqué ne pas avoir d’éléments à ajouter sur ce dossier.

Les six ONG ont nié tout lien avec le FPLP. Et un dirigeant du FPLP a déclaré à l’AFP qu’il n’y avait « aucun lien » effectif entre ces organisations et son mouvement, malgré des positions communes comme l’opposition à l’occupation israélienne en Cisjordanie et le soutien au BDS, la campagne de boycottage d’Israël.