Japon : Cinq défis qui attendent Fumio Kishida, le Premier ministre japonais, après les législatives

POLITIQUE Raviver l’économie, gérer le Covid-19, faire face aux menaces géopolitiques… Elu début octobre et conforté ce dimanche à son poste, à l’issue des élections législatives, Fumio Kishida, Premier ministre du Japon, a de grands défis qui l’attendent

20 Minutes avec AFP
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Le Premier ministre japonais, Fumio Kishida, le 1er novembre 2021.
Le Premier ministre japonais, Fumio Kishida, le 1er novembre 2021. — Rodrigo Reyes Marin / POOL / AFP

Le Parti libéral-démocrate (PLD, droite conservatrice) a remporté dimanche les élections législatives au Japon, confortant son chef Fumio Kishida à son poste de Premier ministre auquel il a été nommé par le Parlement le 4 octobre. Mais les chantiers qui l’attendent sont nombreux.

Raviver l’économie

Le premier sera de raviver l’économie. Fumio Kishida a promis un nouveau plan de relance budgétaire « de grande ampleur » pour redynamiser l’économie nippone, dont la reprise reste laborieuse. Des restrictions face au Covid-19, dont la plupart n’ont été levées que très récemment, ont plombé de nombreux secteurs comme le tourisme, la restauration et le commerce de détail.

Beaucoup d’employés précaires, qui représentent environ 40 % de la population active du pays, ont été encore davantage fragilisés par cette crise. Fumio Kishida veut ajuster la politique de relance qui caractérise le Japon depuis 2013 (les « Abenomics ») en faisant en sorte que les aides du gouvernement et la croissance ne profitent pas seulement aux grands groupes et aux marchés financiers, mais aussi aux petites et moyennes entreprises et aux foyers à revenus modestes. Il doit toutefois encore préciser comment il compte s’y prendre pour créer ce qu’il a appelé un « nouveau capitalisme ».

Gérer le Covid-19

C’est le deuxième grand défi qui attend Fumio Kishida. La situation sanitaire s’est considérablement améliorée au Japon ces derniers mois, après des records d’infections enregistrés en été. La vaccination, qui avait tardé à démarrer dans l’archipel, y est désormais élevée : plus de 70 % de la population nationale a aujourd’hui reçu deux doses. Mais trouver un équilibre entre la relance de l’économie et la prévention du virus est un exercice délicat. Fumio Kishida a affirmé que la lutte contre le Covid-19 serait sa « priorité numéro un ».

Faire face aux menaces géopolitiques

Le Premier ministre japonais devra composer avec le contexte géopolitique régional particulièrement tendu à l’heure actuelle, entre des essais de missiles à répétition de la Corée du Nord et les ambitions grandissantes de la Chine, notamment dans le Pacifique. A l’instar des Etats-Unis, dont il est le fidèle allié, le Japon évoque désormais ouvertement ses préoccupations concernant Taïwan, territoire sur lequel la pression de Pékin s’accentue.

Le PLD veut muscler le budget de la défense, mais le sujet est sensible du fait de la Constitution pacifiste du Japon depuis l’après-guerre, qui lui interdit de se doter d’armes offensives. Le pays reste ultra-dépendant de la puissance militaire de Washington. Les relations de Tokyo avec Moscou et Séoul sont également fraîches, notamment du fait de contentieux territoriaux ou historiques remontant à la première moitié du XXe siècle et toujours non résolus.

Mener la transition énergétique

Fumio Kishida devra aussi accélérer la transition énergétique de son pays. Régulièrement critiqué pour sa grande dépendance aux énergies fossiles, le Japon s’efforce depuis peu de se montrer plus engagé dans la lutte contre le réchauffement climatique. Le Premier ministre, qui veut donner au Japon « un rôle phare dans les efforts pour atteindre zéro émission [de CO2] en Asie », doit partir mardi à la COP26 à Glasgow (Ecosse), son premier déplacement à l’étranger comme Premier ministre.

En 2020, son prédécesseur Yoshihide Suga a fixé un objectif de neutralité carbone à horizon 2050 pour le Japon. De nouvelles cibles du gouvernement en matière de mix énergétique à horizon 2030, qui devraient gonfler la part des énergies renouvelables, sont attendues prochainement. Fumio Kishida est favorable à une relance du nucléaire pour atteindre les objectifs climatiques du Japon tout en réduisant sa dépendance énergétique. Mais le sujet est très sensible dans ce pays traumatisé par la catastrophe de Fukushima en 2011.

Répondre à des questions de société

C’est le dernier des cinq grands défis qui attend le nouveau Premier ministre japonais. L’archipel est le seul pays du G7 à ne pas reconnaître les unions de même sexe, et Fumio Kishida a dit n’avoir « pas atteint le point d’accepter » une évolution de la loi sur ce point. Pourtant, l’opinion publique japonaise est désormais largement favorable au mariage gay, selon plusieurs sondages. En mars de cette année, un tribunal japonais a par ailleurs estimé que la non-reconnaissance du mariage pour tous était anticonstitutionnelle, une première dans le pays.

Sur une autre question de société débattue au Japon – accorder le droit à des époux de ne pas prendre le même nom de famille chacun –, Fumio Kishida a estimé qu’il était « important de faire avancer les discussions ».