Brexit : Vives tensions entre la France et le Royaume-Uni avant une rencontre entre Johnson et Macron

DIPLOMATIE Le président français et le Premier ministre britannique doivent s’entretenir en marge du G20, à l’heure où les sujets de discorde s’accumulent entre les voisins

20 Minutes avec AFP
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Emmanuel Macron et Boris Johnson, lors du G7, en juin 2021, au Royaume-Uni.
Emmanuel Macron et Boris Johnson, lors du G7, en juin 2021, au Royaume-Uni. — Pool for Yomiuri/AP/SIPA

Pêche, immigration illégale par la Manche, Brexit en Irlande du Nord… Le torchon brûle entre la France et son voisin britannique, à l’aube d’une rencontre entre Emmanuel Macron et Boris Johnson ce week-end, en marge du G20.

Le président français a estimé que la « crédibilité » du Royaume-Uni était en jeu dans les différends post-Brexit sur les licences de pêche et le protocole nord-irlandais, dans une interview au Financial Times publiée vendredi soir. « Ne vous y méprenez pas, ça ne concerne pas que les Européens mais tous leurs partenaires. Car quand vous passez des années à négocier un traité et que, quelques mois plus tard vous faites l’opposé de ce qui a été décidé sur les aspects qui vous conviennent le moins, ce n’est pas une grande preuve de votre crédibilité », a-t-il déclaré au journal.

La « bonne volonté » des Britanniques

Le président français a assuré qu’il n’y avait eu ni « provocation » ni « tension » sur la question des droits de pêche, mais « nous devons nous respecter » mutuellement et « respecter la parole qui a été donnée ». La France reproche au Royaume-Uni d’accorder en trop petit nombre des licences de pêche post-Brexit à ses pêcheurs. Elle a promis d’interdire dès mardi aux navires de pêche britanniques de débarquer leur cargaison dans les ports français et de renforcer les contrôles douaniers de camions, si la situation ne s’améliorait pas d’ici-là.

Tout en estimant qu’il s’agissait d’un « test pour la crédibilité » du Premier ministre britannique et de son gouvernement, le président français s’est dit sûr de la « bonne volonté » du Royaume-Uni.

Menaces de représailles

Londres a à son tour brandi des menaces de représailles dans le conflit franco-britannique autour des licences de pêche post-Brexit, Boris Johnson promettant vendredi de « défendre les intérêts » du Royaume-Uni. Un porte-parole du gouvernement britannique a déclaré que Londres mettra en œuvre des « contrôles rigoureux » sur les bateaux européens frayant dans ses eaux, si Paris met effectivement ses menaces à exécution. Ce dernier envisage en outre « de lancer une procédure de règlement des contentieux » prévue par l’accord commercial post-Brexit, entré en vigueur au début de l’année.

« Nous ferons le nécessaire pour défendre les intérêts britanniques », a déclaré Boris Johnson aux journalistes dans l’avion à destination de Rome. « La France est l’un de nos meilleurs, de nos plus vieux, de nos plus proches alliés, amis, partenaires » et « les liens qui nous unissent, qui nous lient, sont bien plus forts que les turbulences actuelles dans notre relation ».

A Londres, l’ambassadrice de France au Royaume-Uni, Catherine Colonna, a été convoquée vendredi, une démarche rarissime entre pays alliés. Elle est repartie sans un mot après seulement 20 minutes d’entretien au Foreign Office, où la secrétaire d’Etat Wendy Morton lui a « exprimé sa déception concernant le ton de confrontation employé de manière constante par le gouvernement français, qui ne rend pas la situation plus facile à résoudre », selon le compte rendu britannique.

Mauvaise coopération

L’accord post-Brexit, conclu in extremis fin 2020 entre Londres et Bruxelles, prévoit que les pêcheurs européens puissent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques à certaines conditions.

Londres affirme avoir accordé 98 % des demandes de licences de navires de l’UE pour pêcher dans ses eaux, un chiffre contesté par la France, qui parle de 90 %. Dans les zones encore disputées en particulier, Londres et Jersey ont accordé un peu plus de 210 licences définitives mais Paris en réclame encore plus de 200. Dans ce conflit sur la pêche, « les torts ne sont pas vraiment partagés », « la bonne foi n’est pas du côté britannique », a cependant estimé vendredi sur la radio Franceinfo Thierry Breton, le commissaire européen au Marché intérieur. « Il est temps peut-être que les autorités britanniques reviennent à la raison ».

En attendant un éventuel blocus des débarques anglaises dans ses ports mardi, la France a déjà commencé à renforcer les contrôles des navires britanniques. Elle a dérouté mercredi un chalutier britannique soupçonné d’avoir pêché plus de deux tonnes de coquilles Saint-Jacques sans licence. Son capitaine, qui sera jugé en août prochain, encourt une peine d’amende pouvant atteindre 75.000 euros.

Les pêcheurs, premières victimes

Les mesures de rétorsion envisagées par la France ne font toutefois pas l’unanimité : les mareyeurs français, qui préparent et écoulent les produits de la mer frais, ont mis en garde contre le blocage de l’exportation de produits de la pêche britannique, rappelant que le marché français était aussi dépendant de cette ressource.

Dans le port anglais de Newhaven (sud), les pêcheurs britanniques, eux, déplorent de faire les frais de la situation. Pour Neil Whitney, patron du « About Time », ce conflit autour des licences de pêche dans les eaux britanniques et anglo-normandes est « politique ».

Certains membres de l’UE semblent adopter une attitude prudente face à ce conflit, le gouvernement allemand appelant les deux parties à négocier.