WikiLeaks : Julian Assange risque de se suicider s’il est extradé aux Etats-Unis, insiste sa défense

DECISION Les juges de la Haute Cour de Londres sont appelés à dire s’ils confirment ou annulent le refus d’extrader l’Australien de 50 ans, qui risque 175 ans de prison aux Etats-Unis

20 Minutes avec AFP
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Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, à Londres en 2012.
Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, à Londres en 2012. — Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA

Malgré les assurances de Washington sur le sort qui serait réservé au fondateur de WikiLeaks, ses avocats ont insisté, ce jeudi, sur le risque de suicide de Julian Assange s’il était extradé aux Etats-Unis.

Les juges de la Haute Cour de Londres sont appelés à dire s’ils confirment ou annulent le refus d’extrader l’Australien de 50 ans, qui risque 175 ans de prison aux Etats-Unis pour avoir rendu publics des centaines de milliers de documents classifiés.

Vers l’épilogue du bras de fer judiciaire ?

Leur décision n’est pas attendue avant plusieurs semaines. « Vous nous avez donné beaucoup de grain à moudre et nous prendrons notre temps », a déclaré sans donner de date le juge Ian Burnett, chargé du dossier avec un autre haut magistrat, à l’issue de deux jours d’audiences. Quelle qu’elle soit, il est bien improbable que la décision marque l’épilogue de ce bras de fer judiciaire au long cours.

Si les Etats-Unis obtiennent gain de cause, la décision de janvier sera annulée et la justice britannique de nouveau amenée à trancher. Et quel que soit le perdant, il a la possibilité de demander à saisir la Cour suprême britannique. Jeudi, les avocats du fondateur de WikiLeaks ont mis l’accent sur le risque de suicide de Julian Assange s’il était remis aux Etats-Unis, risque qui avait expliqué le rejet de la demande d’extradition par la juge Vanessa Baraitser en janvier.

Des troubles mentaux

Ils ont rappelé avec insistance les assurances de Washington selon lesquelles Julian Assange ne serait pas incarcéré au redouté centre pénitentiaire ADX Florence, dans le Colorado, surnommé l'« Alcatraz des Rocheuses », et où sont détenus à l’isolement quasi-total des membres d’Al-Qaïda. Des assurances diplomatiques qui sont « une question solennelle », a souligné jeudi l’avocat représentant les Etats-Unis, James Lewis, « on ne les distribue pas comme des Smarties ».

Pour appuyer sa décision, la juge Vanessa Baraitser avait notamment mis en avant l’incapacité de ce pays à empêcher le suicide du financier américain Jeffrey Epstein, accusé d’un trafic sexuel de mineures. « Ces conclusions découlent avant tout de la nature des troubles mentaux de Julian Assange et de sa crainte d’être extradé étant donné le caractère exceptionnel de son dossier », a déclaré l’avocat du fondateur de WikiLeaks, Edward Fitzgerald. « Rien n’indique que ces facteurs aient aucunement changé avec ces assurances », a-t-il plaidé.

« Modérément déprimé »

Julian Assange a refusé de comparaître jeudi, après avoir participé mercredi de la prison de haute sécurité de Belmarsh, où il est détenu depuis deux ans et demi, à une partie des débats en visioconférence. Il a été arrêté par la police britannique en avril 2019 après avoir passé sept ans à l’ambassade d’Equateur à Londres, où il s’était réfugié alors qu’il était en liberté sous caution. Il craignait une extradition vers les États-Unis ou la Suède, où il a fait l’objet de poursuites pour viol, depuis abandonnées.

Il est poursuivi pour avoir diffusé, à partir de 2010, plus de 700.000 documents classifiés sur les activités militaires et diplomatiques américaines, en particulier en Irak et en Afghanistan. Mercredi, l’avocat représentant le gouvernement américain James Lewis a assuré que Julian Assange n’avait « aucun antécédent de maladie mentale grave et durable », assurant que même les experts mandatés par sa défense ne le trouvaient que « modérément déprimé ».

« Boule de cristal »

Il a affirmé que l’Australien avait « toutes les raisons d’exagérer ses symptômes » et mis en garde contre une décision reposant sur des prédictions faites dans une « boule de cristal » concernant son sort en cas d’extradition. Il a également insisté sur le fait que le psychiatre Michael Kopelman a trompé la justice en « dissimulant » le fait que son client était devenu père de deux enfants avec son avocate Stella Moris alors qu’il était cloîtré à l’ambassade d’Equateur à Londres.

Selon l’avocat de Julian Assange, les assurances apportées par les Etats-Unis n’excluent pas son incarcération dans une prison de très haute sécurité aux Etats-Unis et il n’existe « aucun fondement fiable » pour infirmer le refus d’extradition. Il y a « un grand risque de suicide quelles que soient les mesures », a-t-il fait valoir, expliquant qu'« aucune erreur de droit n’a été identifiée » dans l’approche de la juge Baraitser.