Attaque du Capitole : Ce que l’on sait de la « cellule de crise » de l’hôtel Willard

ETATS-UNIS Membres de la cellule, paiement des chambres, entretiens téléphoniques et implication de proches de Donald Trump, 20 Minutes fait le point

X. R.
L'établissement est historiquement fréquenté par une clientèle aisée, des politiciens et des lobbyistes.
L'établissement est historiquement fréquenté par une clientèle aisée, des politiciens et des lobbyistes. — AFP
  • Le 6 janvier 2021, des militants pro-Trump ont attaqué le Capitole afin d’empêcher le vote validant l’élection de Joe Biden.
  • Une « cellule de crise », regroupant des proches de Donald Trump et logée à l’hôtel Williard, est au centre de l’enquête parlementaire sur cet événement.
  • Steve Bannon, proche conseiller de l’ancien président, est directement visé et a refusé de témoigner devant le Congrès.

Depuis 1847, l’élégant hôtel de luxe Williard InterContinental accueille à deux pas de la Maison Blanche une clientèle riche, des dignitaires en visite et de nombreux hommes politiques. Mais en de début janvier 2021, l’établissement aurait surtout accueilli une « cellule de crise », proche de Donald Trump, directement impliquée dans l’attaque du Capitole le 6 janvier. 20 Minutes fait le point sur cette cellule désormais au centre de l’enquête parlementaire sur cet événement.

Qui fait partie de cette cellule de crise ?

Trois hommes se sont retrouvés au Williard avant et après l’assaut du Congrès par des partisans de l’ancien président républicain : les avocats Rudy Giuliani et John Eastman, ainsi que Steve Bannon, proche allié de Donald Trump. Mais selon le journaliste indépendant Seth Abramson, ce sont plusieurs dizaines de proches du milliardaire qui ont fréquenté l’établissement les jours précédant l’attaque. Il cite notamment le conseiller politique conservateur Roger Stone, l’ancien porte-parole Jason Miller, le conseiller de campagne Boris Epshteyn et l’ex-directeur de la police de New York, Bernard Kerik.

Rudy Giuliani, avocat personnel de Donald Trump, aurait été à la tête de ce petit état-major, selon le Washington Post qui évoque des notes prouvant un travail de longue haleine, jour et nuit, de toute une équipe mobilisée pour donner un second mandat au milliardaire républicain. Le journal dévoile aussi que les chambres à l’attention de cette cellule ont été payées par le compte de campagne de Donald Trump, pour un montant de 55.295 dollars, du 18 décembre au 8 janvier.

Pourquoi la commission d’enquête parlementaire s’y intéresse ?

La commission s’intéresse en fait de très près à Steve Bannon, artisan majeur de la victoire de Donald Trump en 2016. Il est suspecté d’avoir joué un rôle « dans l’opération de communication de la campagne "Stop au vol" qui a motivé l’attaque » du Capitole, et d’avoir « participé aux événements ce jour-là » depuis la cellule de crise. Ce n’est pas la première fois que le nom de Steve Bannon est cité dans cette affaire. Dans le livre Peril, qui raconte les dernières semaines du mandat de Donald Trump, deux journalistes du Washington Post expliquent qu’il aurait incité le président à utiliser les prétendues fraudes électorales pour empêcher le vote du 6 janvier validant l’élection de Joe Biden.

Dans un podcast du 5 janvier, Steve Bannon prédisait la « victoire » de cette stratégie le lendemain. « Tout converge et c’est le moment d’attaquer », affirmait-il. Steve Bannon et Donald Trump « ont compris que c’était le moment de tout faire péter, et c’est exactement ce qu’ils ont fait », estime Bob Woodward, l’un des auteurs de Peril. Les explications de l’ancien conseiller sont jugées essentielles pour comprendre les évènements et les actions de Donald Trump, mais il a refusé de témoigner. La Chambre des représentants a donc décidé d’engager des poursuites pour entrave au travail du Congrès, renvoyant Steve Bannon devant des juges fédéraux.

Donald Trump est-il impliqué directement ?

Il est établi que le président américain a appelé cette cellule de crise après une entrevue avec Mike Pence le soir du 5 janvier. Lors de cette réunion, le vice-président aurait refusé, selon les auteurs de Peril, de bloquer le vote du 6 janvier, alors que Donald Trump avait annoncé plus tôt l’inverse à ses partisans. Face à ce revirement, quelle a été la réaction du président lors de l’échange téléphonique avec la cellule de crise ? La commission d’enquête souhaite obtenir les relevés téléphoniques des échanges liés au 6 janvier.

Pour Robert Costa, l’autre auteur de Peril, cette conversation aurait eu pour but de « coordonner cette tentative visant à parler à la place » de Mike Pence le lendemain. Le journaliste explique que c’est d’ailleurs l’avocat John Eastmann qui aurait élaboré l’argumentaire juridique pour permettre initialement à Mike Pence de bloquer le vote du Congrès en arguant de fraudes. John Eastmann avait d’ailleurs reconnu, en mai dernier sur une radio de Denver, l’existence de cette « cellule de crise de l’hôtel Willard (qui) coordonnait toutes les communications ».