Etats-Unis : Le nouveau plan de Joe Biden sur les dépenses sociales diminué de moitié pour rallier les démocrates

REFORMES Le montant du nouveau plan s’élève à 1.750 milliards de dollars, soit moitié moins que le projet initial

20 Minutes avec AFP
— 
Le président américain Joe Biden.
Le président américain Joe Biden. — Evan Vucci/AP/SIPA

Moins dépenser pour rassembler ? Le montant du nouveau plan de l’administration Joe Biden sur les dépenses sociales et environnementales, annoncé jeudi avant son départ pour l’Europe, a été diminué de moitié pour obtenir le soutien de toutes les franges du parti démocrate.

« Après des mois de négociations difficiles et intenses, nous avons un accord-cadre qui, je crois, peut être adopté », a-t-il tweeté avant de se rendre lui-même au Congrès.

Un second plan de modernisation des infrastructures

« Le président Biden est convaincu qu’il s’agit d’un cadre qui peut être adopté par les deux chambres du Congrès, et il a hâte de le signer », avait indiqué la Maison-Blanche, désireuse d’obtenir une victoire politique après des mois de tensions autour du financement du plan « Build Back Better » («Reconstruire en mieux ») censé réformer l’Amérique. Le président américain souhaite aussi présenter à ses partenaires internationaux, en Italie pour le G20 comme à Glasgow (Ecosse) pour la COP26 sur le climat, l’image d’Etats-Unis engagés dans la transition énergétique et la croissance, ainsi que dans la lutte contre les inégalités sociales et l’évasion fiscale.

Joe Biden va ainsi appeler jeudi le Congrès à adopter « le plus rapidement possible » ce projet de loi d’un montant de 1.750 milliards de dollars, soit moitié moins que le projet initial, sur une décennie. Le Congrès doit aussi valider un second plan de quelque 1.000 milliards de dollars destiné à moderniser les infrastructures du pays​. « Le président pense que le (nouveau) cadre lui permettra d’obtenir le soutien des 50 sénateurs démocrates et aura l’aval de la Chambre des représentants », a indiqué un responsable de son administration, sous couvert d’anonymat.

Deux voix indispensables

La Maison-Blanche souligne que Joe Biden a entendu « les commentaires de toutes les parties » et « négocié de bonne foi » avec les sénateurs centristes Joe Manchin et Kyrsten Sinema, la direction du Congrès ainsi qu’un « large éventail de membres du Congrès ».

Les voix de Joe Manchin et de Kyrsten Sinema sont indispensables pour l’adoption de ces plans, car la majorité démocrate au Sénat est si ténue qu’une seule voix dissonante équivaut à un véto. Ces deux sénateurs ont jusqu’alors fait obstruction, jugeant le montant trop élevé et s’opposant à la manière de le financer, notamment par des hausses d’impôts sur les sociétés ou les ménages les plus aisés.

Les Etats-Unis en perte de compétitivité ?

Joe Biden a rejoint jeudi matin les démocrates au Capitole pour de dernières discussions. Joe Biden et son administration n’ont eu de cesse, eux, de mettre en avant l’importance de ces plans, arguant que les Etats-Unis sont en perte de compétitivité et font figure de mauvais élève parmi les pays avancés, que ce soit en matière d’éducation, d’environnement ou de filet de sécurité sociale.

Dans un document détaillant les mesures, la Maison-Blanche relève ainsi que ce plan permettrait « à la plupart des familles américaines d’économiser plus de la moitié de leurs dépenses de garde d’enfants », et « offrira deux ans d’école maternelle gratuite pour chaque enfant de 3 et 4 ans en Amérique ». Aujourd’hui, la majorité des écoles du pays n’accueillent pas les enfants avant l’âge de 5 ans. Ce plan prévoit aussi de poursuivre les crédits d’impôt pour enfants et d’élargir l’accès aux soins à domicile.

555 milliards pour le climat

A l’adresse des participants de la COP26, la Maison-Blanche souligne que le plan « Build Back Better » contient « le plus grand effort (financier) de lutte contre le changement climatique de l’histoire américaine », soit 555 milliards de dollars. S’il était adopté, ce plan réduirait considérablement la pollution par les gaz à effet de serre, « réduira[it] les coûts énergétiques des consommateurs […], créera[it] des centaines de milliers d’emplois de haute qualité et fera[it] progresser la justice environnementale ». C’est un investissement « unique […] dans l’histoire » : il cible les bâtiments, les transports, l’industrie, l’électricité, l’agriculture et l’eau.

« Le cadre mettra les Etats-Unis sur la bonne voie pour atteindre leurs objectifs climatiques, en réalisant à l’horizon 2030 une réduction de 50 à 52 % des émissions de gaz à effet de serre en dessous des niveaux de 2005. » La Maison-Blanche maintient que ce plan peut être financé par « les grandes entreprises rentables ». Le projet de loi contient ainsi des mesures pour que ces entreprises « ne puissent pas réduire leur facture fiscale à zéro » et prévoit des dispositions pour que les millionnaires et milliardaires mettent davantage la main au pot.