Crise des sous-marins : Première rencontre entre Biden et Macron à Rome ce vendredi depuis l’incident

DIPLOMATIE Depuis l’affaire des sous-marins, les deux chefs d’Etat s’étaient seulement parlé par téléphone

20 Minutes avec AFP
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Emmanuel Macron et Joe Bien à Bruxelles en juin 2021.
Emmanuel Macron et Joe Bien à Bruxelles en juin 2021. — Brendan Smialowski/AP/SIPA

Une première depuis la crise des sous-marins australiens. Le président américain Joe Biden rencontrera son homologue français Emmanuel Macron vendredi à Rome, juste avant le sommet du G20, a annoncé mardi le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, Jake Sullivan.

Cette rencontre intervient alors que les Etats-Unis s’efforcent d’arrondir les angles après un épisode de haute tension diplomatique avec la France autour d’un contrat de sous-marins, qui a conduit les deux présidents à se parler au téléphone déjà deux fois au cours des dernières semaines.

Paris tend la main à Washington

Les présidents français et américains se réuniront en fin de journée soit à l’ambassade de France, dans le prestigieux palais Farnèse, soit dans une autre emprise française de Rome comme la villa Médicis. « C’est donc le président Macron qui recevra la visite du président Biden », ce qui a « un caractère politique important », souligne l’Elysée. Pour Paris, c’est un signe de plus qu’envoie l’administration américaine pour se rabibocher avec la France après avoir déjà fait amende honorable en reconnaissant une certaine responsabilité dans la brouille.

Washington avait été visiblement surpris par la très vive réaction française à l’annonce mi-septembre d’une nouvelle alliance, baptisée « Aukus », entre les Etats-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni dans la zone indopacifique. Outre le fait de ne pas avoir été consulté, Paris avait été dépité par la première conséquence de ce partenariat : l’abandon par l’Australie d’un mégacontrat de sous-marins français.

« Aukus va laisser des marques »

Mécontent, Emmanuel Macron avait attendu une semaine avant de s’entretenir avec Joe Biden le 22 septembre, une discussion téléphonique qui avait permis d’amorcer la détente. Les deux dirigeants avaient alors lancé un « processus de consultations approfondies » pour rétablir la confiance durement éprouvée entre les deux alliés. La rencontre de Rome arrive à point nommé pour « démontrer que nous avons su négocier ensemble des éléments de coopération significatifs » qui « nous permettent de cadrer la relation franco-américaine pour la suite », affirme un conseiller du président français.

Selon l’expert Pierre Morcos, du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) à Washington, « Aukus va laisser des marques » mais « les deux pays semblent désireux d’avancer et de transformer cette crise diplomatique en une opportunité pour renforcer le partenariat bilatéral et rééquilibrer les liens transatlantiques ». Pour Paris, l’important est, au-delà des promesses, d’obtenir des engagements concrets de la part de Washington. Il cherche en particulier à obtenir la bénédiction des Américains à la création d’une véritable défense européenne, un projet cher aux Français, mais qui peine à prendre forme 30 ans après son lancement.

Renforcer la lutte contre les groupes djihadistes au Sahel

« L’essentiel », explique l’Elysée, est « de mettre tout le monde d’accord sur le fait qu’il n’y a pas de contradiction entre défense européenne et Alliance atlantique ». « Il est vertueux de pouvoir distribuer les rôles d’une telle manière que les Européens soient des acteurs collectivement plus capables, plus engagés, plus robustes, et que les Américains soient de leur côté des alliés toujours aussi fiables ». Pour Paris, il est temps que l’ensemble des pays européens prennent la mesure du pivot stratégique opéré par les Etats-Unis vers l’Indo-Pacifique et la Chine, au détriment d’autres régions dont l’Europe ou le Moyen-Orient. Le concept de « souveraineté européenne » cher à Emmanuel Macron suscite cependant une certaine méfiance dans plusieurs pays de l’UE, mais aussi aux Etats-Unis, où l’industrie de la défense cherche à défendre ses parts de marché sur le « Vieux continent ».

Un autre souhait d’Emmanuel Macron est d’obtenir de Joe Biden un renforcement de son appui dans la lutte contre les groupes djihadistes au Sahel. « Le soutien américain est critique » car « il nous permet d’opérer dans de meilleures conditions », souligne un conseiller du président. Jusqu’à présent, les Etats-Unis n’ont pas publiquement détaillé comment ils entendaient « renforcer leur appui aux opérations antiterroristes », selon les termes du communiqué commun publié le 22 septembre après l’entretien Biden-Macron.