Soudan : Ce que l’on sait du coup d’Etat dans le pays

CONFLIT Après des semaines de tension entre les autorités militaires et civiles, des hommes armés non identifiés ont arrêté plusieurs dirigeants soudanais, ce lundi

20 Minutes avec AFP
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L'armée soudanaise dans les rues de Khartoum, le 25 octobre 2021.
L'armée soudanaise dans les rues de Khartoum, le 25 octobre 2021. — AFP

Plusieurs dirigeants soudanais ont été arrêtés à leur domicile et le gouvernement a été dissous, a annoncé le général Burhane, qui chapeaute la transition au Soudan, ce lundi matin.

La transition amorcée en 2019 après trente années de dictature semble plus que jamais compromise dans ce pays d’Afrique de l’Est. On fait le point sur ce que l’on sait après ce coup de force.

Que s’est-il passé ?

Le général Abdel Fattah al-Burhane a annoncé lundi, dans une allocution à la télévision d’Etat, la dissolution des autorités de transition au pouvoir dans le pays depuis la chute d’Omar el-Béchir en 2019. Jusque-là lui-même à la tête du Conseil de souveraineté - la plus haute autorité de la transition composée de civils et de militaires –, le général Burhane a répété qu’il souhaitait toujours « une transition vers un Etat civil et des élections libres en 2023 », même s’il a relevé tous les dirigeants de leurs fonctions.

Outre la dissolution du gouvernement et du Conseil de souveraineté, il a annoncé le limogeage de préfets et ministres et déclaré l’état d’urgence dans tout le pays. Ces événements ont eu lieu alors que la quasi-totalité des dirigeants civils de la transition sont aux mains des militaires. « La plupart des ministres et les membres civils du Conseil de souveraineté ont été arrêtés (…) par des forces militaires » avant l’aube, avait annoncé plus tôt le ministère soudanais de l’Information.

Parmi les dirigeants retenus, figure le Premier ministre, Abdallah Hamdok, emmené avec son épouse vers un lieu inconnu après avoir refusé de soutenir le « coup d’Etat » en cours. Le bureau du Premier ministre a affirmé dans un texte publié en milieu de journée par le ministère « faire porter l’entière responsabilité de la vie d’Abdallah Hamdok à l’armée ».

De plus, trois manifestants partisans d’un pouvoir civil ont été tués et « plus de 80 autres blessés » par des tirs de l’armée à Khartoum, a annoncé lundi un syndicat de médecins prodémocratie.

Quelles sont les réactions ?

C’est un « coup d’Etat militaire », a rapidement affirmé l’Association des professionnels soudanais, l’un des fers de lance de la révolte de 2019. Le bureau du Premier ministre a appelé la population soudanaise à « protester par tous les moyens pacifiques possibles » contre le « coup d’Etat ».

Avec le syndicat des médecins et des banques, l’Association des professionnels a aussi appelé à la désobéissance civile à Khartoum, plongée dans le chaos, sans Internet et avec des rues noires de monde se demandant à quel nouveau rebondissement s’attendre dans un pays déjà secoué par un coup d’Etat manqué il y a un mois.

Comment la population a-t-elle réagi ?

Présents dans la rue dès lundi matin pour protester contre les arrestations, des manifestants « refusant le coup d’Etat militaire » ont essuyé des tirs « à balles réelles » des forces armées dans le centre de Khartoum, selon le ministère de l’Information.

Au moins 12 personnes ont été blessées, selon une association de médecins. Ce coup de force intervient dans un contexte de tensions exacerbées entre civils et militaires censés mener ensemble le pays vers des élections en 2023.

D’où viennent les tensions ?

Le pouvoir au Soudan est partagé depuis 2019 entre un gouvernement civil, dirigé par Abdallah Hamdok, et le Conseil de souveraineté, chargé de mener la transition post-Béchir.

Mais l’alliance entre civils et militaires a fait long feu. Tandis que des manifestants campent depuis le 16 octobre devant le palais présidentiel, à Khartoum, pour exiger un transfert du pouvoir aux militaires, d’autres, partisans d’un régime civil, sont descendus par dizaines de milliers dans les rues de la capitale jeudi pour afficher leur soutien aux dirigeants civils.