Pologne : Le Premier ministre dénonce un « chantage » de l’Union européenne, Paris défend le projet européen

DIVORCE S’il confirme que la Pologne a vocation à rester dans l’Union européenne, Mateusz Morawiecki n’entend pas céder sur sa réforme judiciaire malgré les possibles sanctions

X. R. avec AFP
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Mateusz Morawiecki est venu défendre au Parlement européen l'idée de la primauté du droit national.
Mateusz Morawiecki est venu défendre au Parlement européen l'idée de la primauté du droit national. — RONALD WITTEK / POOL / AFP

La tension ne retombe pas entre la Pologne et l' Union européenne. Engagé dans une bataille judiciaire en refusant de reconnaître la primauté du droit communautaire, le pays de l’Est s’expose à des sanctions clairement formulées par Ursula van der Leyen, la présidente de la Commission européenne. Les 36 milliards de subventions prévus dans le plan de relance polonais sont pour le moment gelés par Bruxelles.

Un « chantage », dénonce le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, venu s’expliquer devant l’hémicycle à Strasbourg. « Ce langage des menaces ou de la coercition » n’est pas « la base de la démocratie », critique-t-il. S’il a une nouvelle fois rejeté l’idée d’un « Polexit », craint au début de ce bras de fer, le dirigeant conservateur a réitéré l’idée que la Constitution polonaise reste « la loi suprême ».

Sa position inquiète fortement les 27. La réforme judiciaire menée par le gouvernement polonais et la remise en cause de la primauté de droit européen remettent « en cause les fondations de l’Union européenne », craint Ursula van der Leyen. « L’Europe ne survivra pas si l’état de droit tombe », averti Jean Asselborn, chef de la diplomatie du Luxembourg.

La France pour « utiliser les outils de pression »

Paris, par la voix de Clément Beaune, affirme que « remettre en cause l’Etat de droit, c’est remettre en cause le projet européen ». Le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes appelle à poursuivre le dialogue, « mais il faut également utiliser les outils de pression ». Il reconnaît dans ces mesures « une forme d’échec collectif car cela voudrait dire que notre Europe ne fonctionne pas spontanément » mais précise que « ce serait pire d’accepter en spectateurs le délitement du projet politique européen ».

La Cour de justice européenne a été saisie par la Pologne et la Hongrie, qui contestent le mécanisme liant le respect de l’Etat de droit au versement des fonds européens. Mais elle pourrait aussi être saisie par la Commission si la Pologne s’entête, avec des sanctions allant jusqu’à la suspension du droit de vote du pays au Conseil.