Renvoi de l’ambassadeur de Minsk : Que se passe-t-il entre la France et la Biélorussie ?

DIPLOMATIE La Biélorussie a demandé à l'ambassadeur de France de quitter le territoire national

Marie De Fournas
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Le régime bélarusse du président Lukashenko a décidé de renvoyer l'ambassadeur français à la surprise générale.
Le régime bélarusse du président Lukashenko a décidé de renvoyer l'ambassadeur français à la surprise générale. — SHAMIL ZHUMATOV / POOL / AFP
  • La Biélorussie a expulsé dimanche soir l’ambassadeur français à Minsk.
  • Si la presse biélorusse évoque un problème de papiers administratifs, il se pourrait que les raisons de ce renvoi soient plus profondes.
  • L’ambassadeur français est loin d’être le premier représentant diplomatique européen renvoyé chez lui depuis la dernière élection contestée d’Alexandre Loukachenko.

Dimanche soir, à la surprise générale, Nicolas de Bouillane de Lacoste, ambassadeur de France en Biélorussie a été contraint de quitter le pays. « Le ministère bélarusse des Affaires étrangères a demandé que l’ambassadeur parte avant le 18 octobre », a indiqué la porte-parole de son ambassade. Si la raison invoquée par le ministère bélarusse n’a pas été relayée, ce renvoi sonne comme l’aboutissement de longs mois de tensions entre la Biélorussie et la France, mais aussi avec l’Union européenne.

Quelles sont les raisons officielles du renvoi de l’ambassadeur de France ?

Selon les médias bélarusses, Nicolas de Bouillane de Lacoste a été expulsé parce qu’il n’a jamais présenté ses lettres de créances au président Alexandre Loukachenko. Ce document diplomatique est censé officialiser l’entrée en fonction de l’ambassadeur. Écrite par le chef d’Etat français, elle est remise à l’ambassadeur qui doit la transmettre au chef d’Etat du pays dans lequel il se trouve. Pourtant, sur son site internet, l’ambassade de France au Bélarus indique que le diplomate a présenté le 8 décembre 2020 « la copie figurée de ses lettres de créance » au ministre des Affaires étrangères Vladimir Makei. Les raisons de cette expulsion pourraient donc se trouver ailleurs.

Quels sont les antécédents entre la Biélorussie et la France ?

Les relations conflictuelles entre la France et plus généralement l’Union européenne ne datent pas d’hier. Mais dernièrement, une succession d’événements ont entaché les relations diplomatiques entre les 27 et le pays d’Europe de l’Est. Il y a un peu plus d’un an, la France n’a pas reconnu les résultats de l’élection présidentielle qui a accordé un sixième mandat à Alexandre Loukachenko. En effet, à l’issue du vote en août 2020, les membres de l’Union européenne ont accusé à l’unisson le régime bélarusse « de violences, de répressions et de fraudes électorales ». Durant plusieurs mois des manifestations massives et sans précédent ont lieu dans cette ex-république soviétique. Alexandre Loukachenko, accuse les Occidentaux d’en être les instigateurs et les réprimande violemment.

Emmanuel Macron a personnellement réagi à cette crise en déclarant dans une interview au JDD que le président biélorusse devait « partir ». « Ce qui se passe en Biélorussie, c’est une crise de pouvoir, un pouvoir autoritaire qui n’arrive pas à accepter la logique de la démocratie et qui s’accroche par la force », avait-il expliqué en soulignant le courage des manifestants.

Plus récemment en mai dernier, le déroutage vers Minsk d’un avion de ligne effectuant Athènes-Vilnius à bord duquel se trouvaient un opposant biélorusse et sa compagne qui ont été arrêtés, fait monter d’un cran les tensions entre l’UE et la Biélorussie. Trois jours après, la France refuse son espace aérien à un avion biélorusse qui effectuait une liaison Minsk-Barcelone et le force à faire demi-tour. Cette sanction provoque l’ire du gouvernement bélarusse. « C’est un fait absolument scandaleux et un acte immoral. Honnêtement, c’est pratiquement de la piraterie aérienne », écrira dans un communiqué le porte-parole de la diplomatie biélorusse Anatoli Glaz.

La France est-elle le seul pays à avoir été sanctionné par la Biélorussie ?

Lorsque le gouvernement bélarusse réprimande sévèrement les manifestations qui suivent le résultat des élections présidentielles et emprisonnent de nombreux opposants, l’Union européenne et les Etats-Unis adoptent une série de sanctions vis-à-vis du régime bélarusse. L’opposition reçoit le prix Sakharov des droits de l’homme, les responsables de la répression au Bélarus sont interdits de territoire dans l’UE, Biden reçoit l’opposante en exil Svetlana Tikhanovskaïa… Les sanctions se poursuivent également après le détournement de l’avion Ryanair avec la fermeture des espaces aériens de l’UE aux avions biélorusses. Pour autant, avec l’appui et les crédits de Moscou, le régime ne cède pas et répond de plus belle.

En mars, la Biélorussie expulse un consul polonais pour avoir participé à l’hommage aux « soldats maudits », qui ont lutté contre les occupations allemande et soviétique. Le même mois, le régime renvoie tout le personnel de l’ambassade de Lettonie, dont l’ambassadeur, reprochant aux autorités lettones d’avoir utilisé le drapeau de l’opposition bélarusse lors d’un championnat de hockey sur glace. En juillet, le pays renvoie chez eux deux hauts diplomates lituaniens après que la Lituanie a accusé la Biélorussie d’avoir autorisé des centaines de migrants sans papiers à traverser la frontière. Enfin, en août, Minsk retire son accord pour la nomination de l’ambassadrice américaine Julie Fisher, pourtant confirmée en décembre comme la première envoyée des Etats-Unis dans cette ex-république soviétique depuis 2008.