Etats-Unis : Après les efforts consentis pendant la pandémie, une série de grèves secoue le pays

SOCIAL Dans de nombreux cas, ces grèves se terminent par des succès pour les employés et employées américaines

20 Minutes avec AFP
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Plus de 10.000 employés et employées de John Deere sont en grève depuis jeudi.
Plus de 10.000 employés et employées de John Deere sont en grève depuis jeudi. — SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP

Dans l’industrie, la santé ou le spectacle, des dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses américaines, fatiguées par de longues heures de travail pendant la pandémie et frustrées face aux profits de leurs entreprises, ont engagé des mouvements de grève cet automne. S’ils ne parviennent pas à un accord avec les studios hollywoodiens sur l’adoption d’une nouvelle convention collective, les 60.000 membres du syndicat IATSE, qui représente les équipes de tournage dans le pays, ont prévu de débrayer lundi.

Quelque 31.000 employés et employées du groupe de santé Kaiser Permanente dans l’ouest des Etats-Unis menacent aussi de cesser, sous peu, le travail. Depuis jeudi, 10.000 salariés et salariées du constructeur de tracteurs John Deere sont, elles, déjà en grève ; 1.400 chez le fabricant de céréales Kellogg’s depuis le 5 octobre, et plus de 2.000 employés de l’hôpital Mercy à Buffalo depuis le 1er octobre. Le mot « Striketober », contraction de « strike » (grève) et october (octobre), est apparu sur les réseaux sociaux. La star de l’aile gauche du parti démocrate, Alexandria Ocasio-Cortez, l’a même mis en avant jeudi sur Twitter.

Une amélioration des conditions de travail plus que des augmentations

Les grévistes « revendiquent en majorité une amélioration des conditions de travail », remarque Kate Bronfenbrenner, spécialiste des mouvements syndicaux à l’université Cornell. « Les organisations font plus de profits que jamais et demandent aux salariés de travailler plus que jamais, parfois en risquant leur vie avec le Covid », souligne-t-elle. Mais face à des directions refusant les compromis, les salariées et salariés « sont moins enclins à accepter des conventions collectives ne répondant pas à leurs besoins », remarque-t-elle.

Il est difficile de savoir quel est le nombre exact de grèves, le gouvernement américain ne recensant que celles impliquant plus de 1.000 salariés. Mais la tendance est clairement à la hausse depuis le mouvement des enseignants et enseignantes en Virginie occidentale en 2018, affirme Josh Murray, professeur de sociologie à l’université Vanderbilt. Déçus par la convention négociée par leur syndicat, les enseignants et enseignantes avaient décidé de se mettre en grève, obtenant satisfaction. Il y a eu ensuite un phénomène de contagion.

Des victoires qui donnent de l’élan

« Plus il y a de grèves qui parviennent à leurs fins, plus il y en a qui démarrent, car les gens commencent à vraiment croire qu’ils peuvent gagner et sont prêts à risquer leur salaire ou leur emploi », explique Josh Murray. La grève chez Kellogg’s succède ainsi à celle en juillet de 600 salariés et salariées dans le Kansas d’une usine des gâteaux apéritifs Frito-Lay, filiale de PepsiCo. Elles avaient cessé le travail pendant dix-neuf jours pour obtenir, entre autres, la garantie d’un jour de congé par semaine et des augmentations. Le millier de grévistes des snacks Nabisco (filiale du géant Mondelez) ont, eux, obtenu des concessions en septembre après cinq semaines de conflit.

Autre source de motivation, « pendant la pandémie, ces travailleurs ont pris conscience qu’ils étaient essentiels, que l’économie ne pouvait pas fonctionner sans eux », remarque Josh Murray. « Il y aura forcément un effet de balancier, les entreprises ne vont pas laisser les coûts salariaux augmenter trop », avance le professeur. Mais en attendant, « les économistes et les sociologues ont démontré que plus le marché du travail est tendu (comme c’est le cas actuellement aux Etats-Unis, N.D.L.R.), plus les travailleurs ont du pouvoir, plus la probabilité de grèves est élevée ».

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