Brésil : Indignation après le véto de Bolsonaro sur la distribution de tampons gratuits pour les jeunes filles défavorisées

PRECARITE MENSTRUELLE La mesure devait permettre à 5,6 millions de jeunes femmes défavorisées d’avoir accès à des protections périodiques

X. R.
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Une adolescente brésilienne sur quatre ne dispose pas de protection adaptée durant ses règles.
Une adolescente brésilienne sur quatre ne dispose pas de protection adaptée durant ses règles. — Sergio Lima / AFP

Le projet semblait faire consensus. Selon l’ONG Girl Up, une adolescente brésilienne sur quatre serait dans l’incapacité de se payer des protections périodiques, ce qui en conduit beaucoup à ne pas aller à l’école pendant leurs règles. Pour remédier à ce fléau, un texte porté par une trentaine de députés a été adopté par le Congrès mi-septembre, pour mettre en place un système de distribution gratuite de tampons et serviettes.

Il devait bénéficier à 5,6 millions de Brésiliennes, élèves issues des milieux populaires, femmes sans abris et détenues. C’était sans compter sur Jair Bolsonaro, décidément pas du genre à se faire discret. Le président a posé son véto sur le projet de loi, évoquant le coût de la mesure (84,5 millions de reais par an, soit 13 millions d’euros).

« Je suis l’esclave des lois : je ne peux pas promulguer une chose s’il n’y a pas de sources de revenus », s’est-il justifié le 11 octobre, évoquant l’ombre d’une « destitution » s’il agissait de la sorte. Mais il ne s’agit que d’un coup d’éclat de plus du chef de l’Etat, dont la misogynie est avérée. Sa propre fille Laura, née après quatre garçons, serait le fruit selon lui d’une fraquejada, un « moment de faiblesse », entre autres déclarations sexistes et dégradantes pour des députées ou les femmes en général.

Son blocage de la mesure a déclenché une vague d’indignation au Brésil et parmi la diaspora. Le hashtag #LivreParaMenstruar (« libre d’avoir ses règles ») s’est répandu comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, et des manifestantes ont accroché des dizaines de tampons sur les grilles de l’ambassade du Brésil à Paris.

Un Brésilien sur trois en situation de pauvreté

La position de Bolsonaro n’est pas plus surprenante sur le plan social. Le gouvernement brésilien ne cesse de réduire les programmes sociaux alors qu’un Brésilien sur trois est en situation de pauvreté. Le nombre de bénéficiaires de l’aide d’urgence face à la crise du Covid-19 va encore baisser cette année, et son montant maximal va être divisé par trois (375 reais, soit 60 euros).

La mobilisation des députées, qui s’emploient à casser le véto, semble presque vaine. « Nous savons déjà que nous avons assez de voix pour annuler [ce veto] de forme consensuelle », assure pourtant Tabata Amaral (Parti socialiste brésilien). Mais Bolsonaro menace : « Si le Congrès annule le veto sur les tampons, je devrais prendre de l’argent dans [les budgets de] la santé et l’éducation. »