Antisémitisme : Les préjugés davantage exprimés en Grèce et en Europe de l’Est

DISCRIMINATIONS Plus de 30 % des Hongrois, Grecs et Polonais pensent que « les Juifs ne seront jamais capables de s’intégrer pleinement dans la société »

Rachel Garrat-Valcarcel
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Lors d'une manifestation contre l'antisémitisme à Marseille en 2019. (archives)
Lors d'une manifestation contre l'antisémitisme à Marseille en 2019. (archives) — BORIS HORVAT / AFP

La Grèce et les pays de l’ancien bloc de l’Est (notamment Pologne, Hongrie, Roumanie) sont les pays européens où les préjugés antisémites sont davantage exprimés, selon une enquête dans 16 Etats publiée mardi pour la conférence annuelle de l’Association juive européenne (EJA). Selon cette enquête commandée par l’Action and protection league (APL), organisation partenaire de l’EJA, plus d’un tiers des Grecs et des Polonais (36 %) et 30 % des Hongrois interrogés estiment que « les Juifs ne seront jamais capables de s’intégrer pleinement dans la société ».

La croyance en un « réseau juif secret qui influence les affaires politiques et économiques dans le monde » est partagée par 58 % des Grecs, 39 % des Hongrois et 34 % des Slovaques interrogés, mais aussi 28 % des Français, selon ce sondage auprès de 16.000 personnes, dont les premiers résultats avaient été publiés en 2020. Quelque 39 % des Grecs et 30 % des Roumains sondés sont d’accord pour estimer que « la crucifixion de Jésus Christ est un péché impardonnable des Juifs ».

8 % de « sentiments plutôt négatifs » contre les juifs en France

Quelque 36 % des Grecs, 27 % des Hongrois et 23 % des Polonais interrogés nourrissent des « sentiments plutôt négatifs » à l’égard des Juifs, une proportion s’élevant à 11 % en Allemagne, 8 % en France et qui tombe à 3 % en Suède et au Royaume-Uni, et 2 % aux Pays-Bas. Ces trois pays du nord de l’Europe sont aussi ceux où la tendance à relativiser l’Holocauste est la moins forte, selon l’enquête. Dans l’ensemble, un quart des personnes interrogées sont d’accord pour dire « que la politique d’Israël leur permet de comprendre pourquoi certains détestent les Juifs ».

« On voit dans cette enquête que dans les pays d’Europe de l’Ouest il y a davantage un sentiment anti-Israël et dans les pays d’Europe de l’Est il y a un antisémitisme plus traditionnel, un anti-judaïsme », a commenté le rabbin Slomo Koves, fondateur de l’APL, notant toutefois que ces deux tendances étaient fortes en Autriche. Il a souligné que cette enquête ne portait que sur les préjugés antisémites, et qu’il fallait aussi prendre en compte le nombre d’incidents et agressions antisémites ainsi que la perception de la population juive vivant dans chaque pays, pour ne pas avoir une « image totalement erronée » de la situation.

Des efforts encore à faire de prévention

« Par exemple, la Grèce ressort comme le pays où les préjugés sont les plus présents et je ne crois pas que la Grèce soit le pays le moins sûr pour les Juifs », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. « Les résultats inquiétants de l’enquête montrent que l’antisémitisme est profondément enraciné en Europe », a estimé le rabbin Menachem Margolin, le président de l’EJA, dont les dirigeants rencontrent jusqu’à mercredi parlementaires, diplomates et responsables des institutions européennes.

Les responsables se sont réjouis de la présentation par l’UE le 5 octobre de sa première stratégie de lutte contre l’antisémitisme, mais estimé qu’elle n’allait pas assez loin. Le président du Consistoire central de France et du Centre Européen du Judaïsme, Joël Mergui, a appelé l’UE à garantir la liberté de culte juif : « Si on ne peut plus manger casher, si on ne peut plus circoncire nos enfants, si on ne peut plus respecter nos traditions, on n’a plus d’avenir dans les pays qui nous en empêchent », a-t-il averti.

L’enquête a été réalisée par l’institut Ipsos en décembre 2019 et janvier 2020 en Allemagne, Autriche, Belgique, France, Grèce, Hongrie, Italie, Lettonie, Pays-Bas, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie, Espagne, Suède et Royaume-Uni.