Irak : Ouverture des bureaux de vote pour les législatives anticipées

URNES Ces élections sont organisées comme une réponse au mouvement social de 2019, mais les Irakiens et Irakiennes ont peu d’espoirs

20 Minutes avec AFP
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Une femme vote lors des élections législatives du 10 octobre en Irak.
Une femme vote lors des élections législatives du 10 octobre en Irak. — Hadi Mizban/AP/SIPA

Les bureaux de vote ont ouvert ce dimanche en Irak pour des législatives anticipées. Entre la corruption endémique et la pléthore de factions armées, les électeurs ne s’attendent pas à de grands changements. Dans le centre de Bagdad, à l’ouverture aux alentours de 7 heures d’un bureau de vote installé dans une école, rares étaient encore les électeurs à avoir fait le déplacement. Un important dispositif de sécurité a été déployé dans la capitale et à l’entrée des bureaux de vote, où les électeurs devront être fouillés à deux reprises avant de pouvoir entrer.

Les bureaux fermeront à 18 heures, à moins d’une prolongation. Des dizaines d’observateurs internationaux dépêchés par l’ONU et l’Union européenne superviseront le processus. Dès l’ouverture, le Premier ministre Moustafa al-Kazimi a voté dans un bureau de vote de l’utra-sécurisée zone verte de Bagdad. « C’est une opportunité pour le changement », a-t-il lancé, interpellant les Irakiens et « ceux qui hésitent ». « Sortez et votez, changez votre réalité, pour l’Irak et pour votre avenir », a-t-il ajouté. « Votez, votez, votez », a-t-il martelé.

Abstention record attendue

Mais des experts pronostiquent déjà une abstention record. Initialement prévues en 2022, les élections ont été avancées pour calmer la contestation de l’automne 2019, expression d’un immense ras-le-bol populaire fustigeant une corruption tentaculaire, des services publics défaillants et une économie en panne. Réprimé dans le sang (au moins 600 morts et 30.000 blessés), le mouvement s’est depuis essoufflé. Des dizaines de militants ont été victimes d’enlèvements, d’assassinats et de tentatives d’assassinats, imputés aux influentes factions armées pro-Iran. Décriant ce contexte antidémocratique, les militants de la contestation boycottent largement le scrutin.

Le scrutin se déroulera sous haute sécurité, dans un pays où Daesh reste actif. Comme toutes les formations politiques ou presque disposent de leurs propres factions armées, la crainte de violences électorales et de fraudes est dans tous les esprits. Quelque 25 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour élire 329 députés au scrutin uninominal. Les résultats préliminaires sont attendus dans les vingt-quatre heures après la fermeture des bureaux de vote et les résultats définitifs dans une dizaine de jours, selon la commission électorale.

Moqtada al-Sadr grand favori

Le courant sadriste est donné grand favori. Son leader, le sulfureux Moqtada al-Sadr, ex-chef de milice à la rhétorique anti-américaine, tient déjà le plus gros bloc au Parlement sortant. Mais il devra composer avec les grands rivaux pro-Iran du Hachd al-Chaabi, entrés au Parlement pour la première fois en 2018, surfant sur la victoire contre les djihadistes de Daesh. Si la scène politique reste polarisée sur les mêmes dossiers sensibles – que ce soit la présence des troupes américaines ou l’influence du grand voisin iranien – les partis entameront de très longues tractations pour s’accorder sur un nouveau Premier ministre, poste qui revient traditionnellement à un musulman chiite.

« L’élection donnera probablement naissance à un autre Parlement fragmenté. S’ensuivront des marchandages opaques parmi les différentes factions pour former le prochain gouvernement », résument les chercheurs Bilal Wahab et Calvin Wilder dans une analyse publiée par le Washington Institute. Difficile de voir dans ce scrutin « plus qu’un jeu de chaises musicales », ajoutent-ils. Et les demandes de la contestation – lutte contre la corruption, création d’emplois, faire rendre des comptes aux groupes armés – « ont peu de chances d’être satisfaites ».