Crise des sous-marins : La coopération de défense franco-britannique en zone de turbulences

DIPLOMATIE La crise des sous-marins n’est que le dernier épisode des turbulences franco-britanniques en matière militaire

20 Minutes avec AFP
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Lors de la signature du Traité de Lancaster House, en 2010. (archives)
Lors de la signature du Traité de Lancaster House, en 2010. (archives) — LIONEL BONAVENTURE / POOL / AFP

La coopération militaire franco-britannique traverse elle aussi une zone de turbulences, Paris et Londres ne parvenant pas à s’accorder sur la suite du programme de missiles antinavires et de croisière qu’ils avaient prévu de développer en commun. Cette discorde sur un projet jugé crucial pour l’autonomie stratégique européenne intervient dans un contexte politique très tendu après l’annonce d’un partenariat stratégique entre les Etats-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni pour contrer la Chine, AUKUS, incluant la fourniture de sous-marins à propulsion nucléaire à Canberra et qui a sorti de fait Paris du jeu.

« Indubitablement c’est un programme en difficulté, compte tenu de l’état de nos relations avec le Royaume-Uni. Nous sommes en train de réfléchir à ce qu’il est possible de faire ou non avec les Britanniques », a confié mardi la ministre des Armées Florence Parly devant la commission défense des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Dans le cadre du Traité de Lancaster House de 2010, qui scelle la coopération franco-britannique dans la défense, Paris et Londres travaillent sur un programme destiné à développer à l’horizon 2030 une nouvelle génération de missiles antinavires pour remplacer les Exocet de la marine française et les Harpoon de fabrication américaine de la Royal Navy, ainsi que des missiles de croisière.

"La balle est dans leur camp", dit Paris

Mais ce projet FMAN/FMC (futur missile antinavire/futur missile de croisière) patine. « Ce programme devait faire l’objet de discussions intenses dans les prochaines semaines (…) Au moment où ils ont fait le choix, d’abord du Brexit, ensuite du "Global Britain" (concept stratégique qui oriente la politique étrangère britannique vers les Etats-Unis et l’Indo-Pacifique) et, enfin, de la dépendance encore accrue vis-à-vis des Etats-Unis, la balle est dans leur camp », a expliqué Florance Parly. Une première étude de 100 millions d’euros, financée à parts égales, avait démarré en mars 2017, à la veille du lancement officiel du processus de sortie de l’UE par le Royaume-Uni. Celle-ci portait sur une phase de concept.

Les deux pays négocient depuis plusieurs mois une nouvelle étude de trois ans sur les deux concepts retenus : un concept subsonique furtif pour remplir le besoin de missile de croisière longue portée aéroporté et un concept supersonique pour le missile antinavire aéroporté ou tiré des bâtiments de surface, détaillait un rapport de députés français fin 2020. Dans ces discussions, les Britanniques mettaient l’accent sur la furtivité de l’engin, les Français sur sa vélocité, selon les députés. Mais les Britanniques tendent à se désintéresser du projet de missile antinavire porté par les Français, selon une source française proche du dossier.

L’enjeu de cette coopération est d’importance, les deux pays représentent 60 % des dépenses européennes de défense et 80 % des dépenses de recherche et développement dans le domaine de la défense. Et même si Paris a multiplié les coopérations avec Berlin depuis 2017 et appelle à l’avènement d’une autonomie stratégique européenne, Londres reste au cœur de ses projets de coopération militaires. La relation franco-britannique « subit de facto un coup de froid », affirme Christian Cambon, président de la commission de la Défense du Sénat et « le Brexit, qu’on le veuille ou non, n’a pas créé le climat le plus favorable ». Mais, selon lui, « nos intérêts industriels et en matière de défense et de sécurité sont tellement importants et communs que les choses vont reprendre leur place ».