Pologne : Varsovie veut rester dans l'Union européenne malgré les tensions autour de sa réforme judiciaire

POLEXIT Le Tribunal constitutionnel refuse de reconnaître la primauté du droit européen en Pologne, ce qui pourrait menacer les financements de l’UE dans le pays. Mais le Premier ministre écarte l'idée d'un Polexit

20 Minutes avec AFP
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Une manifestation pro-UE en Pologne, dont la population craint un Polexit.
Une manifestation pro-UE en Pologne, dont la population craint un Polexit. — Jaap Arriens / AFP

La Pologne joue l’apaisement. Depuis plusieurs semaines, le pays est engagé dans un bras de fer avec l’Union européenne au sujet d’une réforme judiciaire. La Pologne espère éliminer la corruption de son appareil judiciaire, notamment avec un nouveau système de nomination, de transfert et de discipline des juges. Selon Bruxelles, ces réformes introduites par le parti conservateur nationaliste au pouvoir Droit et Justice (PiS) menacent la démocratie et l’Etat de droit.

Le Tribunal constitutionnel polonais, plus haute juridiction du pays, a répliqué ce jeudi en déclarant que certains articles du traité de l’Union européenne étaient « incompatibles » avec la Constitution polonaise et a enjoint aux institutions européennes de ne pas « agir au-delà du champ de leurs compétences ». Autrement dit, merci de ne pas interférer avec notre système judiciaire.

Vers un Polexit ?

À Bruxelles, Jeroen Lenaers, un porte-parole du Parti populaire européen, a déclaré : « Trop, c’est trop. C’est une attaque contre l’UE dans son ensemble. » Des manifestations ont éclaté en Pologne, reprochant au pouvoir en place de suivre le chemin de la Biélorussie. « C’est un scandale (…) Ils nous sortent de l’Union européenne ! », a regretté Anna Labus, une retraitée, fondant en larmes.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a écarté cette éventualité. « La place de la Pologne est et sera dans la famille européenne des nations », a-t-il déclaré sur Facebook, ajoutant que l’adhésion à cette organisation était « l’un des points forts des dernières décennies » pour la Pologne et l’UE. Plus de 80 % des Polonais soutiennent l’appartenance à l’UE, qui a accordé à leur pays des milliards d’euros de subventions depuis 2004.

La crainte d’un Polexit s’était renforcée depuis les déclarations de Ryszard Terlecki, le vice-président du Parlement. Il rappelait notamment que « les Britanniques ont montré que la dictature de la bureaucratie bruxelloise ne leur convenait pas. Ils ont fait demi-tour et sont partis ». Le calme est toutefois encore loin d’être revenu. En raison de ce conflit, l’Union européenne n’a toujours pas approuvé les 23 milliards d’euros de subventions et les 34 milliards d’euros de prêts bon marché prévus pour ce pays.