Sommet Afrique-France : Emmanuel Macron veut de nouvelles relations avec le continent africain, la jeunesse l'interpelle

DIPLOMATIE Pour la première fois depuis 1973, aucun chef d’Etat africain n’est invité au sommet à Montpellier, où Emmanuel Macron est passé dans plusieurs tables rondes avant de recevoir douze jeunes issu du continent

20 Minutes avec AFP
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Emmanuel Macron tout sourire au sommet Afrique-France à Montpellier.
Emmanuel Macron tout sourire au sommet Afrique-France à Montpellier. — SARAH MEYSSONNIER / POOL / AFP

En conflit ouvert avec le Mali et l’Algérie, et alors que la place de la France en Afrique est contestée par la Russie, Emmanuel Macron a fait un choix osé. Pour la première fois depuis 1973, début des sommets France-Afrique (devenus Afrique-France), aucun chef d’Etat du continent n’est invité à Montpellier. Au moins, pas de jaloux. A la place, ce seront de jeunes entrepreneurs, artistes, sportifs du continent qui rencontrent leurs alter ego français et de la diaspora pour discuter de sujets économiques, politiques et culturels.

Ce nouveau format devait permettre, selon la présidence française, « d’écouter la parole de la jeunesse africaine » et de « sortir des formules et des réseaux obsolètes ». En clair, rompre, encore et toujours, avec la « Françafrique », ses pratiques opaques et ses réseaux d’influence. L’intellectuel camerounais Achille Mbembe, chargé de préparer le sommet, estime ainsi que la France est trop déconnectée « des nouveaux mouvements et des expérimentations politiques et culturelles » portés par la jeunesse africaine.

L’attente était donc forte pour ces jeunes participants. Le président a été interpellé à plusieurs reprises. « Je n’en peux plus de voir la jeunesse africaine mourir dans la mer » Méditerranée pour gagner l’Europe, lui a lancé une femme. Un jeune Guinéen l’a ensuite exhorté à « soutenir la transition guinéenne » après le putsch qui a renversé le président Alpha Condé en septembre, dont Emmanuel Macron a convenu que « le troisième mandat n’était pas opportun ».

Un engagement sur la restitution d’œuvres pillées au Bénin

« Les questions essentielles ici, ce n’est pas l’entrepreneuriat ou le sport – largement évoquées au sommet de Montpellier, ndlr-, c’est la politique ! » a lancé pour sa part la burkinabé Sibila Saminatou Ouedraogo, fustigeant « la relation de dépendance » de l’Afrique à la France. D’autres sujets ont été abordés, comme la réduction des visas pour les pays du Maghreb, vu comme un « système d’humiliation (et) de vexation », ou la mobilité, qui n’a pas beaucoup évolué quatre ans après le discours du président français à Ouagadougou.

Peu ménagé, Emmanuel Macron doit débattre dans l’après-midi avec douze jeunes Africains triés sur le volet. Sur le stand consacré aux restitutions d’œuvres pillées, le chef de l’Etat a déjà annoncé que la France redonnerait fin octobre au Bénin 26 œuvres d’art provenant du « Trésor de Béhanzin », pillé au palais d’Abomey en 1892 pendant les guerres coloniales. D’autres annonces, parmi lesquelles la création d’un Fonds destiné à soutenir les initiatives de promotion de la démocratie, des programmes permettant une plus grande mobilité étudiante, ou la mise en place d’un « forum euro-africain sur les migrations », pourraient intervenir à la fin de la journée.