Les catholiques s'attaquent à un projet de loi sur l'ivg

Armelle Le Goff

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Quelque 1 300 affiches devraient être placardées à partir d'aujourd'hui un peu partout en Espagne. Sur la photo, un bébé et un lynx, une des espèces les plus menacées du pays, précise-t-on. « Et moi ? Protège ma vie ! », réclame l'enfant. Voilà comment la conférence épiscopale espagnole entame sa campagne contre le projet de loi sur l'IVG que le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero souhaite faire passer avant l'été. Objectif de la loi défendue par la ministre de l'Egalité, Bibiano Aido : légaliser l'avortement. Décriminalisé depuis 1985, il n'est possible que dans trois cas : le viol, la malformation du foetus ou un « risque pour la santé physique et mentale » de la mère. Dans 97 % des cas, c'est ce dernier motif qui ne fixe aucun délai qui est invoqué par les femmes pour obtenir une IVG. Mais dans les hôpitaux publics, elles se heurtent souvent à l'objection de conscience des médecins. Beaucoup sont forcées d'avoir recours à des cliniques privées, où le geste est pratiqué moyennant des sommes parfois extravagantes.

La nouvelle loi viendrait donc encadrer une pratique jusqu'à présent tolérée mais peu balisée. Elle fixerait la possibilité d'avoir recours à une IVG dans un délai de quatorze semaines. Au-delà, les femmes souhaitant interrompre leur grossesse auraient à justifier de « malformations foetales » ou d'un risque pour « la santé de la mère ». Et elles ne seraient plus passibles de poursuites, comme c'est le cas actuellement. L'IVG deviendrait donc un droit, comme en France et dans de nombreux pays de l'Union européenne. Un changement de cap sociétal intolérable pour l'Eglise et les milieux conservateurs espagnols. ■