Belgique : 17 victimes de la catastrophe minière de 1956 exhumées pour être identifiées

HISTOIRE Les ossements seront comparés à des descriptions ainsi qu’à des prélèvements ADN

20 Minutes avec agences
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La police fédérale belge commence à exhumer les corps de victimes non identifiées de la catastrophe minière du Bois du Cazier, en 1956.
La police fédérale belge commence à exhumer les corps de victimes non identifiées de la catastrophe minière du Bois du Cazier, en 1956. — Shutterstock/SIPA

En Belgique, la police a commencé ce lundi l’exhumation de 17 corps parmi les 262 victimes de la catastrophe minière du Bois du Cazier en 1956. Les autorités espèrent pouvoir rendre les dépouilles d’au moins trois d’entre eux à leurs familles.

Il s’agit des 17 mineurs qui n’ont jamais pu être formellement identifiés. La moitié des victimes de cette tragédie était des Italiens. La démarche pour inscrire enfin un nom sur ces 17 tombes du cimetière de Marcinelle, à Charleroi, a été lancée par Michele Cicora, le fils de l’un de ces morts anonymes. Avant que sa mère ne décède, cet Italien lui a promis de ramener au pays la dépouille de son père, tué dans la catastrophe.



Une véritable enquête qui démarre

« On a trouvé son récit vraiment poignant », explique Christian Decobecq, chef du service d’identification des victimes de catastrophe (DVI) de la police fédérale. « On a décidé de l’aider. » Placés dans des coffres en zinc à l’intérieur des cercueils, les squelettes ont été bien conservés, selon les premières constatations. Les exhumations devraient se poursuivre jusqu’à jeudi au moins, avant la phase des examens post-mortem.

Il s’agira ensuite de comparer ossements et dents à des prélèvements d’ADN réalisés sur les proches. Les experts s’aideront de descriptions obtenues des familles à l’époque et d’informations conservées dans les archives du musée, érigé sur le lieu de la catastrophe. « On n’a pas retrouvé toutes les familles », note Christian Decobecq. « Certains mineurs n’avaient pas de descendants. »

« Tutti cadaveri »

À ce stade, outre les Cicora, deux familles (une belge et une grecque) sont engagées dans le processus. Les prélèvements d’ADN en Italie et en Grèce ont eu lieu avec le concours d’Interpol. « Cela relève du devoir de mémoire », ajoute le responsable de police. « Ces gens sont venus pour gagner leur vie mais ont aussi contribué à l’essor économique de la Belgique dans les années 1950. »

La catastrophe du Bois du Cazier est la pire de l’histoire minière de la Belgique. Le 8 août 1956 au matin, une série d’incidents en chaîne a provoqué un incendie qui s’est rapidement propagé dans toute la mine, où des hommes pénétraient parfois à plus de 1.000 m sous terre. Après deux semaines d’efforts, les derniers sauveteurs sont remontés à la surface et l’un d’eux a prononcé deux mots qui ont fait le tour du monde : « Tutti cadaveri. »

Seule une dizaine de mineurs ont survécu. La tragédie a fait 262 morts, de douze nationalités différentes, dont 136 Italiens. Dix ans plus tôt, l’Italie avait envoyé des milliers de travailleurs en Belgique aux termes d’un accord d’échange de main-d’œuvre contre du charbon.