Violences sexuelles : Les principaux pays donateurs de l’OMS réclament des actes

MESURES Selon un rapport, publié ce mercredi, 21 employés de l’OMS ont commis des violences sexuelles contre des dizaines de personnes en RDC pendant l’épidémie d’Ebola

20 Minutes avec AFP
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Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, en mai à Genève (Suisse).
Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, en mai à Genève (Suisse). — Laurent Gillieron/AP/SIPA

Pour empêcher que ne se reproduisent les violences sexuelles auxquelles se sont livrés des employés de l’OMS en République démocratique du Congo, les principaux pays donateur ont exigé, ce vendredi, « l’engagement total » de l’organisation et de ses dirigeants.

« Nous allons nous assurer que les engagements pris par la direction de l’OMS vont mener à une plus grande responsabilité, plus de capacités d’action et un changement rapide », souligne une déclaration commune signée par les Etats-Unis, l’Union européenne, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Norvège et le Royaume-Uni.

Des « défaillances structurelles » et des « négligences individuelles »

Celle-ci fait à la suite de la parution mercredi d’un rapport dévastateur pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui établit que 21 de ses employés, parmi 83 auteurs présumés de violences sexuelles, ont commis de telles exactions contre des dizaines de personnes en RDC pendant l’épidémie d’Ebola de 2018-2020. Le rapport de la commission d’enquête indépendante, dont la constitution n’a été annoncée par le patron de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus qu’après des révélations de l’agence The Humanitarian et de la Reuters Foundation, dénonce des « défaillances structurelles » et des « négligences individuelles ».

Le docteur Tedros, qui brigue un second mandat en 2022 et qui a eu notamment le soutien public de la majorité des pays européens, s’est dit « désolé » auprès des victimes et a promis des « conséquences sévères » aux responsables juste après la publication du rapport. Quand une journaliste lui a demandé mercredi s’il avait l’intention de démissionner, il a esquivé. « Je suis allé sur place 14 fois et ce problème n’a pas été soulevé. Peut-être que j’aurais dû poser des questions », a-t-il toutefois reconnu.

Trop peu, trop lentement

Tout cela n’a pas suffi à rassurer les pays donateurs, qui estiment que les principaux responsables de l’organisation ont réagi trop peu et trop lentement, malgré leur insistance. Les signataires de la déclaration se sont dits « horrifiés » par les conclusions du rapport, qui a révélé des dizaines de cas d’exploitation sexuelle en échange de la promesse de travail, mais aussi neuf viols. Ils exigent une enquête détaillée et en profondeur pour déterminer comment il est possible que ces actes n’aient été signalés « ni à la direction de l’OMS ni aux pays membres ». Les signataires laissent aussi très clairement entendre qu’ils suivront de près ce dossier.

« Nous travaillerons directement avec l’OMS sur des mesures précises que l’OMS doit prendre pour assurer une tolérance zéro pour l’exploitation et les violences sexuelles et pour mettre les victimes au cœur de ses préoccupations, quand elle répond à ce type d’accusations », souligne la déclaration commune. C’est la seconde fois que les principaux pays donateurs de l’OMS interviennent de manière aussi spectaculaire et ferme dans ce dossier. Fin mai, une cinquantaine d’Etats membres de l’OMS avaient fait publiquement état de leur frustration face à la lenteur des enquêtes et au manque de transparence.

Des conséquences

Les signataires de la déclaration ont néanmoins salué le fait que l’OMS se soit engagée à mettre en œuvre les recommandations de la commission d’enquête et à se débarrasser des responsables des violences de même que des responsables qui auraient dû intervenir. L’organisation a mis fin, dès la publication du rapport, au contrat de quatre d’entre eux qu’elle employait encore et les autres avaient des contrats de courte durée, a expliqué le docteur Tedros. Ils se verront bannir de tout emploi futur.

En outre, l’OMS transmettra les allégations de viol aux autorités nationales en RDC pour qu’elles enquêtent, ainsi que dans les pays d’origine des auteurs présumés de ces actes. Deux hauts responsables ont été placés en congés administratifs « et nous prenons des mesures pour nous assurer que d’autres personnes susceptibles d’être impliquées soient temporairement déchargées de tout rôle décisionnel » dans cette affaire, avait promis le docteur Tedros.