Etats-Unis : Risque de défaut sur la dette, « shutdown », dépenses… Joe Biden joue très gros au Congrès

POKER Une course contre la montre est engagée, et les divisions démocrates donnent des sueurs froides au président américain

P.B. avec AFP
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La Speaker de la Chambre Nancy Pelosi, le 29 septembre 2021.
La Speaker de la Chambre Nancy Pelosi, le 29 septembre 2021. — Sipa

Tic, tac. L’heure tourne au Congrès pour Joe Biden, qui cherche à éviter trois revers majeurs : un « shutdown » des services l’Etat fédéral vendredi, faute de financement, un défaut – qui serait historique – sur la dette mi-octobre, et l’adoption de deux gigantesques plans de dépenses qui pourrait être menacée. Sous pression, le président américain a annulé un déplacement prévu mercredi à Chicago afin de rester à Washington pour tenter de négocier avec deux sénateurs démocrates centristes qui tiennent une partie de son destin entre leurs mains.

Eviter un « shutdown » vendredi

Des trois, c’est le moins compliqué. Le Congrès a besoin de voter un mini-budget pour financer le fonctionnement de l’Etat fédéral. S’il n’y parvient pas d’ici jeudi minuit, ce sera un shutdown. Ministères, parcs nationaux, musées… Des centaines de milliers d’employés se retrouveraient au chômage technique. Cela arrive assez régulièrement depuis les années 1980 : deux fois sous Trump, une fois sous Obama et deux fois sous Clinton. Ils durent en général moins d’une semaine – et il y a le plus souvent des rattrapages de salaires – mais le plus long, fin 2018, s’était étiré pendant 35 jours et avait coûté plusieurs milliards de dollars à l’Etat.

Le vote doit finalement avoir lieu jeudi matin au Sénat, et il semble y avoir un consensus chez les démocrates et les républicains pour éviter un scénario catastrophe. Mais il ne s’agit que de repousser l’échéance de deux mois, jusqu’au 3 décembre.

Eviter de faire défaut sur la dette

L’Amérique vit à crédit. Régulièrement, le Congrès doit relever le « plafond » de la dette, qui interdit aux Etats-Unis d’émettre de nouveaux emprunts pour se financer au-delà d’un certain seuil. La limite actuelle des 28.400 milliards de dollars a été atteinte en août, et le Trésor multiplie les mesures exceptionnelles pour maintenir le pays à flot depuis. Sa secrétaire, Janet Yellen, a prévenu : les ressources seront épuisées le 18 octobre. Avec le spectre d’un possible défaut de paiement, ce qui ne s’est jamais produit et risquerait de faire flamber les taux d’intérêt et de provoquer une récession.

A Washington, les démocrates ont tenté un coup de poker en liant le vote du budget pour éviter un shutdown à celui pour relever le plafond de la dette. Les républicains ont sorti les barbelés, refusant de faire un « chèque en blanc » à Joe Biden pour financer ses programmes de dépenses. En théorie, les démocrates et leur infime majorité (50 + 1 avec Kamala Harris au Sénat) peuvent se débrouiller seuls via le processus de « réconciliation ». Ce mécanisme permet d’adopter un texte au Sénat à la majorité simple au lieu des 60 sénateurs sur 100 habituellement nécessaires. Le leader des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a averti : la navette parlementaire est « risquée » et pourrait ne pas se terminer à temps.

Sauver deux plans de dépenses de près de 5.000 milliards de dollars

Comme si la situation n’était pas assez délicate, ces votes doivent se dérouler alors que les deux plans titanesques d’investissements voulus par Joe Biden – pierres angulaires de son mandat – sont en souffrance au Congrès. En théorie, la Chambre doit voter jeudi pour une enveloppe – qui fait relativement l’unanimité – de 1.200 milliards de dollars destinée aux infrastructures. Mais des dizaines d’élus de gauche menacent de torpiller le texte s’ils n’obtiennent pas avant la tenue d’un vote sur un programme de 3.500 milliards de dollars pour le climat et des réformes sociales.

Depuis le début, les centristes Joe Manchin et Kyrsten Sinema traînent des pieds pour le second, face à un chiffre jugé exorbitant. Alexandria Ocasio-Cortez, Bernie Sanders et les autres progressistes les soupçonnent d’avoir l’intention de retirer leur soutien à ce volet dès qu’ils auront obtenu un succès sur les infrastructures, plus facilement « vendables » auprès de leurs électeurs.

Dans cette partie de poker menteur, Nancy Pelosi fait désormais face à un dilemme : repousser une nouvelle fois le vote sur les infrastructures ou forcer chacun à montrer ses cartes. Avec le risque de tout perdre.