Venezuela : L’extrême pauvreté touche plus de 75 % de la population, selon une étude universitaire

CRISE L’Enquête nationale sur les conditions de vie de l’Université catholique Andres Bello s’oppose aux chiffres officiels qui font état de 4 % de personnes vivant dans l’extrême pauvreté

20 Minutes avec AFP
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Un homme transporte de l'eau jusqu'à chez lui afin de pallier la défaillance des services de l'Etat dans les quartiers les plus pauvres de Caracas, le 20 juin 2020.
Un homme transporte de l'eau jusqu'à chez lui afin de pallier la défaillance des services de l'Etat dans les quartiers les plus pauvres de Caracas, le 20 juin 2020. — Ariana Cubillos/AP

La crise économique que traverse le Venezuela est terrible. Trois habitants sur quatre y vivent dans la pauvreté extrême alors que le pays a été un riche producteur de pétrole, selon une étude universitaire présentée mercredi. Celle-ci repose sur des données recueillies auprès de 17.402 familles résidant dans 22 des 24 Etats du Venezuela entre février et avril 2021.

L’Enquête nationale sur les conditions de vie coordonnée par l’Université catholique Andres Bello (UCAB, privée) détermine que 76,6 % des foyers ont des revenus qui ne permettent pas de couvrir leurs besoins alimentaires. Surtout, 94,5 % des foyers vivent sous le seuil de pauvreté de 1,9 dollar par jour. Par contre, les chiffres de l’étude contrastent avec ceux présentés officiellement au Parlement et qui font état de 17 % de personnes vivant sous le seuil de pauvreté et de 4 % vivant dans l’extrême pauvreté.

De nombreux départs du pays

« Nous sommes arrivés à un plafond de pauvreté » alors que l’extrême pauvreté continue à progresser, a expliqué le sociologue Luis Pedro España lors de la présentation de l’enquête. En 2019-2020, la pauvreté extrême était de 67,7 % et 91,5 % des gens vivaient sous le seuil de pauvreté. Conséquence de ces très mauvais chiffres : la population avoisine désormais 28,8 millions d’habitants alors que le Venezuela a perdu environ 5 millions de personnes qui ont quitté le pays.

Jadis considéré comme un des pays les plus riches d’Amérique du Sud grâce à son pétrole, le Venezuela a vu son produit intérieur brut (PIB) chuter de 80 % depuis 2013, notamment en raison de la baisse de sa production et des cours de l’or noir, mais aussi de la mauvaise gestion et de la crise politique. Le pays est en proie à une l’hyperinflation avec une monnaie locale complètement dévalorisée qui a cédé la place au dollar.

Le salaire souvent inférieur aux coûts pour aller travailler

Selon l’étude, seuls 50 % des Vénézuéliens en âge de le faire travaillent. Les femmes sont les plus touchées avec seulement 33 % travaillant. Avec la pénurie d’essence et les restrictions en raison de la pandémie, une « crise de mobilité » touche notamment la population active cherchant du travail. « Les coûts pour se rendre au travail commencent à être plus élevés que la rémunération reçue » pour un travail, avertit Luis Pedro España. Au Venezuela, le salaire minimum accompagné de bons d’alimentation – que perçoivent de nombreux fonctionnaires – dépasse à peine les 2 dollars, ce qui ne couvre pas les frais de transport, même si les rémunérations moyennes dans le secteur privé avoisinent 50 dollars mensuels.

Enfin, selon l’enquête universitaire, seuls 65 % des 11 millions de jeunes en âge d’étudier (3 à 24 ans) sont inscrits dans des centres éducatifs, en baisse de 5 %. Et 17 % des 16-24 ans sont inscrits à l’université.