Les méthodes de Tsahal en question

Faustine Vincent

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Les témoignages de soldats israéliens faisant état d'exactions contre les civils palestiniens lors de l'opération « Plomb durci » anti-Hamas à Gaza continuent de faire des remous dans l'Etat hébreux. Le quotidien israélien Haaretz a révélé l'affaire vendredi dernier. L'un des soldats raconte : « On était censé exploser la porte [d'entrée des maisons], tirer à l'intérieur, et puis... j'appelle ça un meurtre... En effet, on devait monter étage par étage, et tirer sur toute personne qu'on identifiait. Je me suis d'abord demandé : "Où est la logique dans tout ça ?" Nos supérieurs disaient que c'était permis, parce que quiconque se trouvait encore à Gaza et dans les environs était forcément un terroriste, puisqu'il n'avait pas fui. »

Le même raconte aussi comment une vieille femme, sans arme, a été tuée « de sang-froid », alors qu'elle marchait dans la rue. D'autres soldats font également état de vandalisme et de destructions dans des maisons. Ces témoignages ont été recueillis à l'Académie militaire Oranim, en Israël, où ces hommes étaient invités à échanger sur leur expérience militaire. Face à la gravité des propos, l'ancien officier supérieur Danny Zamir, qui a initié la rencontre, a décidé de les publier dans le bulletin de l'Académie. Cette stratégie de combat a « semé des destructions massives parmi les civils », s'indigne-t-il. L'armée a d'abord indiqué ne pas être au courant des faits rapportés, tandis que Ehoud Barak, le ministre de la Défense, a déclaré que « l'armée israélienne est la plus morale au monde ». Le procureur général de l'armée a tout de même ordonné l'ouverture d'une enquête. Des organisations israéliennes de défense des droits de l'homme réclament une commission d'enquête indépendante.

Ce week-end, un documentaire télévisé diffusé sur Channel 10 a enfoncé le clou. « Si c'est nous ou eux, ce sera eux, affirme un commandant à ses troupes lors d'un briefing. Si une personne sans arme s'approche de nous, tirez en l'air. Si elle continue, elle est morte. Personne ne discute. S'ils se trompent, ça aura des conséquences sur leur vie, pas la nôtre. » L'offensive « Plomb durci » (décembre-janvier) a fait plus de 1 300 morts et 5 000 blessés palestiniens. Côté israélien, dix militaires et trois civils ont été tués, selon les chiffres officiels. ■