Mali : Le premier ministre dénonce un « abandon en plein vol » de la France

DIPLOMATIE Le premier ministre malien a justifié devant l’ONU le recours à des sociétés paramilitaires russes, ce qui provoque l’ire de la France et de l’Europe

20 Minutes avec AFP
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Le premier ministre malien, Choguel Kokalla Maiga.
Le premier ministre malien, Choguel Kokalla Maiga. — BASTIEN LOUVET / BRST/SIPA

Le Premier ministre malien Choguel Kokalla Maïga a accusé samedi à l’ONU la France d’un « abandon en plein vol » avec sa décision de retrait du Mali de la force Barkhane, la Russie apportant un soutien explicite à sa volonté de « chercher de nouveaux partenaires », dont des « sociétés privées russes » paramilitaires. Il s’agit de « combler le vide que ne manquera pas de créer la fermeture de certaines emprises de Barkhane dans le nord du Mali », a précisé le Premier ministre, déplorant un « manque de concertation » de Paris et une annonce « unilatérale » sans coordination tripartite avec l’ONU et le gouvernement malien.

Peu avant, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, avait confirmé que Bamako avait approché « des sociétés privées russes », lors d’une conférence de presse à l’ONU, tout en assurant que cela ne concernait en rien le gouvernement russe. La France et l’Union européenne se sont inquiétées de cette orientation du Mali auprès de la Russie au cours d’échanges à New York, a indiqué Sergueï Lavrov. Les Français « n’y sont pas arrivés et les terroristes continuent de régner dans cette région », a-t-il ajouté dans une pique à l’égard de Barkhane.

La France ne quitte pas totalement le Mali

Présent, entre autres, en Libye et en Centrafrique, où il est accusé d’exactions depuis le printemps, le groupe Wagner est soupçonné, notamment par Paris, d’agir pour le compte du Kremlin là où ce dernier ne veut pas apparaître officiellement. Le groupe Wagner fournit des services de maintenance d’équipements militaires et de formation mais est également accusé de mercenariat et suspecté d’appartenir à un homme d’affaires proche du Kremlin, Evguéni Prigojine.

Treize pays européens, impliqués pour certains dans la coalition de forces spéciales Takuba au Mali, ont jugé inacceptable vendredi une éventuelle implication du groupe Wagner dans ce pays. La France, l’Allemagne ou l’Estonie sont allées plus loin en avertissant qu’elles réexamineraient leur présence militaire au Mali si un accord était conclu. Outre l’ONU, inquiète à mots couverts d’une arrivée de Wagner au Mali, l’UE, qui assure la formation de soldats maliens via sa mission UETM Mali, composée de 700 soldats de 25 pays européens, a averti qu’une implication de cette société russe affecterait « sérieusement » ses relations avec Bamako.

La France, engagée depuis janvier 2013 au Sahel et qui a perdu 52 militaires au Sahel, dont le dernier vendredi, a décidé de réorganiser sa présence militaire autour d’un dispositif plus resserré, centré sur des frappes ciblées contre les chefs djihadistes et sur l’accompagnement des armées locales. Les militaires français doivent ainsi quitter d’ici décembre les bases de Kidal, Tessalit et Tombouctou, dans le nord du Mali, et le nombre de troupes françaises déployées au Sahel devrait passer de plus de 5.000 hommes actuellement à 2.500 ou 3.000 d’ici 2023. La ministre française des Armées Florence Parly a toutefois réaffirmé lundi à Bamako que la France ne quittait pas le Mali.