Allemagne : Après Merkel, la « continuité dans les relations franco-allemandes » est assez probable

INTERVIEW Ulrich Pfeil, professeur de civilisation allemande, pense que les deux principaux candidats à la chancellerie pourraient être plus proches de Paris qu’Angela Merkel, sans toutefois bouleverser la donne

Propos recueillis par Rachel Garrat-Valcarcel
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Angela Merkel: après 16 ans et quatre mandats passés à la tête du pays, quel est le bilan de la chancelière ? — 20 Minutes
  • Les élections législatives allemandes ont lieu ce dimanche, quoi qu’il arrive elles mettront fin au mandat d’Angela Merkel comme chancelière.
  • Qu’attendre de son remplaçant ou de sa remplaçante à la chancellerie pour les relations franco-allemandes ?
  • Même si l’incertitude est de mise, Ulrich Pfeil, professeur de civilisation allemande, interrogé par 20 Minutes, pense que le plus probable est que rien ne change vraiment.

Chirac, Sarkozy, Hollande et enfin Macron : Angela Merkel a vu passer quatre présidents français pendant son mandat à la chancellerie allemande. Cette fois, c’est elle qui s’en va. Difficile de dire qui va lui succéder après les élections législatives de ce dimanche, car les résultats s’annoncent serrés. Mais qu’indique la campagne électorale sur les futures dynamiques de la relation franco-allemande, longtemps vue comme le moteur de la construction européenne ? 20 Minutes a posé la question à Ulrich Pfeil, professeur de civilisation allemande à l’université de Lorraine à Metz.

Les derniers sondages sont très serrés, mais indiquent qu’il est tout de même possible que le prochain chancelier soit social-démocrate (SPD). Qu’est-ce que ça changerait vis-à-vis de Paris ?

Si on regarde les relations franco-allemandes entre les deux pays, il y a régulièrement des désaccords ou des tensions, mais elles sont assez stables. Pour prendre exemple sur la situation actuelle, Macron a fait beaucoup de propositions et Merkel n’y a pas toujours répondu. On a l’impression qu’ils sont très amis, surtout quand on regarde les photos, mais je crois qu’il faut quand même être un peu déçu quand on regarde le bilan de Merkel par rapport aux relations franco-allemandes et pour l’Europe. Parce qu’elle aurait pu faire plus de choses.

Concernant la suite, Olaf Scholz, le candidat SPD, est venu il y a quelques jours à Paris pour voir Emmanuel Macron. Leurs relations dépendront surtout de la coalition qui sera formée. Si cette coalition est rouge-rouge-verte (SPD, Die Linke, la gauche de la gauche et Verts), le parti Die Linke serait le maillon faible. Dans son programme, ce parti parle d’un départ de l’OTAN et d’un renforcement des relations avec la Russie. Or, Olaf Scholz a dit que l’un des critères pour rentrer dans sa coalition serait le maintien de l’Allemagne dans l’OTAN. Scholz souhaite une coalition avec les Verts et les libéraux (FDP). Avec une telle coalition, je crois qu’il y aurait une très grande continuité dans les relations franco-allemandes. Enfin, personne ne veut d’une nouvelle grande coalition (avec les chrétiens-démocrates de la CDU-CSU et le SPD) même avec Olaf Scholz comme chancelier.

Lors du dernier débat, hier soir, les principaux candidats à la chancellerie ont semblé insister sur un renforcement de l’Union européenne. De quoi satisfaire un peu plus les ambitions de l’Elysée en la matière, qui avaient été largement déçues depuis le discours de la Sorbonne en 2017 ?

Oui, je pense que c’est possible. Même si Armin Laschet gagne et peut former une coalition. Il dit toujours qu’il est là pour continuer la politique de Merkel, mais je pense qu’il pourrait renforcer les relations franco-allemandes. Il est actuellement plénipotentiaire en matière de relations culturelles avec la France, il est d’Aix-la-Chapelle, il est très proche de la France. Au même titre que Olaf Scholz d’ailleurs, je ne vois pas vraiment de différence. Encore une fois, tout dépendra de la coalition qu’ils dirigeront.

Concrètement, que pourrait vouloir dire un renforcement de l’Union européenne ?

J’ai trouvé étonnant que dans la campagne électorale en Allemagne, on ne parle pas du tout de l’Europe. Même sur la question de la politique de sécurité, alors que l’Afghanistan était dans l’actualité début de la campagne… Ces sujets étaient absents des débats. On n’a pas vraiment d’idée concrète sur ce que ces hommes et femmes politiques veulent faire après.

Il est possible qu’à l’issue des négociations le gouvernement doive être soutenu par trois partis différents, ce qui n’est pas arrivé depuis très longtemps. Est-ce que cela signifie que le futur chancelier sera en position de faiblesse par rapport à Paris ?

Oui et non. Si c’est une coalition SPD-Verts-Libéraux, il n’y aura pas de problème je pense : pour ce qui est des relations avec Paris, sur l’Europe, ils sont plutôt d’accord. Olaf Scholz va imposer ou faire en sorte que les relations avec Macron soient bonnes. S’il doit gouverner avec Die Linke, ce sera déjà un peu plus difficile. Surtout concernant les questions militaires ou de sécurité, parce que là, quand on écoute les discours, on parle non seulement du départ de l’OTAN, mais aussi de la fin des engagements militaires en dehors de l’Allemagne. Et la France souhaite tout autre chose ! Avec en plus le contexte de la crise diplomatique des sous-marins, la France a une tout autre idée de la politique de sécurité à mener en Europe. C’est l’hypothèse d’une coalition rouge-rouge-verte qui serait beaucoup plus difficile pour Paris.