L'Algérie interdit son espace aérien au Maroc

VOISINAGE L’épisode marque un nouvel accès de tension entre les deux voisins du Maghreb, dont les relations n’ont jamais été bonnes

20 Minutes avec AFP
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Abdelmadjid Tebboune, le président algérien. (archives)
Abdelmadjid Tebboune, le président algérien. (archives) — FAROUK BATICHE / PPAGENCY/SIPA

Les relations exécrables entre l’Algérie et le Maroc ont connu une nouvelle poussée de fièvre mercredi avec l’annonce de la fermeture de l’espace aérien algérien au voisin marocain accusé de « provocations et de pratiques hostiles ». Cette décision survient un mois après l’annonce le 24 août par l’Algérie de la rupture de ses relations diplomatiques avec le Maroc, après des mois de tensions exacerbées entre ces deux pays rivaux du Maghreb. La décision a été prise lors d’une réunion du Haut Conseil de sécurité présidée par le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune, également ministre de la Défense.

Les frontières aériennes de l’Algérie, fermées depuis le 17 mars en raison de l’épidémie de Covid-19, n’ont rouvert que partiellement le 1er juin vers sept pays dont le Maroc ne faisait pas partie. Selon une source proche de la compagnie nationale Air Algérie, il n’y a plus de vols commerciaux directs entre l’Algérie et le Maroc depuis cette date. « Les vols entre les deux pays n’ont pas repris et les Algériens se rendant au Maroc transitent par Tunis. » La décision d’Alger affectera surtout dans l’immédiat les appareils marocains dont les trajets survolent le territoire algérien.

« Prétextes fallacieux, voire absurdes »

Après l’annonce de la rupture des relations, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a reproché à Rabat de « n’avoir jamais cessé de mener des actions hostiles à l’encontre de l’Algérie ». « Les services de sécurité et de la propagande marocains mènent une guerre ignoble contre l’Algérie, son peuple et ses dirigeants », a-t-il accusé, sans plus de précisions. Le Maroc a regretté la décision algérienne de rompre les relations, la qualifiant de « complètement injustifiée », et a rejeté « les prétextes fallacieux, voire absurdes, qui la sous-tendent ».

Traditionnellement difficiles, les relations entre l’Algérie et son voisin de l’ouest se sont dégradées en raison surtout de l’épineux dossier du Sahara occidental, un vaste territoire désertique dont près de 80 % est sous contrôle du Maroc. Et la normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël – en contrepartie d’une reconnaissance américaine de la « souveraineté » marocaine sur le Sahara occidental – a encore avivé les tensions avec l’Algérie, soutien de la cause palestinienne, qui a dénoncé des « manœuvres étrangères » visant à la déstabiliser.

Alger a accusé en outre le Maroc et Israël de soutenir le MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie), une organisation indépendantiste, ainsi que l’organisation islamo-conservatrice Rachad, deux mouvements classés comme « terroristes » par l’Algérie et qui sont basés à l’étranger. La question du Sahara occidental, ex-colonie espagnole, considérée comme un « territoire non autonome » par l’ONU en l’absence d’un règlement définitif, oppose depuis des décennies le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l’Algérie.