Départ d’Angela Merkel : « Je lui ai toujours fait confiance », « j’aime bien son style »… Pour les jeunes Allemands, un changement d'époque

AUF WIEDERSEHEN MERKEL (1/3) Arrivée à la tête de l’Allemagne il y seize ans, Angela Merkel est, pour beaucoup de jeunes Allemands, la seule cheffe de gouvernement qu’ils aient jamais vraiment connue

Marie De Fournas
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Pour la « génération Merkel », une page se tourne avec le départ de la chancelière allemande.
Pour la « génération Merkel », une page se tourne avec le départ de la chancelière allemande. — Marie de Fournas / 20 Minutes
  • A la tête de l’Allemagne depuis près de 16 ans, Angela Merkel quittera le pouvoir à l’issue des élections fédérales organisées dimanche 26 septembre.
  • Dans le premier volet de la série « Auf Wiedersehen Merkel », la rédaction de 20 Minutes est allée à la rencontre des moins de 25 ans, qui font leurs adieux à la seule chancelière qu’ils aient connue.
  • Climat, société, numérique… La « génération Merkel » est partagée entre impatience de changement et crainte de l’inconnu.

De notre envoyée spéciale à Berlin

Queue-de-cheval impeccable et grandes lunettes rondes vissées sur le nez, Gloria sort de la Hertie School, l’université de Berlin où elle suit des études de politiques publiques. A 23 ans, la jeune Allemande n’a connu  qu'Angela Merkel. « J’avais 7 ans quand elle est devenue chancelière ! Je ne me suis jamais demandé comment ça serait avec une autre personne à la tête du pays. » Pour elle comme pour de nombreux jeunes, la fin du mandat de la chancelière après les élections fédérales du 26 septembre est avant tout un grand saut dans l’inconnu. « On a grandi avec Angela Merkel, donc ça sera un changement marquant ! », lance Peter, étudiant en sociologie, en passant sa main dans ses bouclettes fraîchement décolorées. Un changement d’ère que la « génération Merkel », comme on la surnomme souvent, attend avec une excitation souvent mêlée d’appréhension.

Gloria, 23 ans, étudiante en politique publique. Angela Merkel lui a toujours donné un sentiment de stabilité.
Gloria, 23 ans, étudiante en politique publique. Angela Merkel lui a toujours donné un sentiment de stabilité. - Marie de Fournas / 20 Minutes

« Je suis content qu’il y ait de la nouveauté ! Mais d’un autre côté, je ne trouve aucun candidat mieux qu’elle », confie Jànosch, du haut de ses 20 ans. Car « Mutti » – comme les Allemands surnomment affectueusement la chancelière (« maman », en français) – avait quelque chose de rassurant. « Elle m’a toujours donné un sentiment de stabilité. Je lui ai toujours fait confiance et je la trouve compétente. Là, c’est la première fois de ma vie que je me dis que la situation pourrait devenir instable », s’inquiète Gloria.

« Elle est futuriste »

Si cette génération associe Angela Merkel à la stabilité, c’est aussi en raison de la situation économique du pays, souligne le politologue allemand Erik Flügge. « La jeunesse allemande a dix années d’insouciance derrière elle. La plupart de leurs parents avaient un emploi et le chômage des jeunes était extrêmement faible. Cela a conduit à un sentiment de stabilité et leur a donné des perspectives professionnelles. Ce n’est pas le cas de la génération des 30-40 ans qui, pour sa part, a connu une grosse crise de l’emploi au début des années 2000 et qui, avec la crise économique de 2008, a continué de vivre avec cette crainte. »

Aussi étonnant que cela puisse paraître, donc, la cheffe de file de la très conservatrice CDU jouit d’une bonne cote de popularité auprès des jeunes. « J’aime bien son style, son leadership. J’aime aussi le fait qu’elle n’ait jamais mis en avant le fait qu’elle soit une femme », lance Leonhard, qui suit un master en politique publique. « Elle est futuriste et je pense qu’elle a été freinée par son parti, plus conservateur qu’elle », souligne Gloria. « C’est très simple : Angela Merkel n’a jamais eu un discours conservateur, analyse Erik Flügge. Elle n’adopte presque jamais une posture politique. Elle n’est tout simplement pas perçue comme faisant partie du gouvernement. Elle arrive donc à être aimée, même si certaines personnes sont mécontentes des décisions politiques prises par l’exécutif. »

Jànosch, 20 ans. S'il a hâte du changement, il trouve que Angela Merkel est parvenue à trouver des solutions dans les moments de crise.
Jànosch, 20 ans. S'il a hâte du changement, il trouve que Angela Merkel est parvenue à trouver des solutions dans les moments de crise. - Marie de Fournas / 20 Minutes

« La chancelière des crises »

Pour Gloria, on pourrait également surnommer Angela Merkel « la chancelière des crises ». « Il est certain que les décisions politiques qu’elle a prises durant les crises de l’euro ou du coronavirus, pour ne nommer que celles-ci, a bien évidemment marqué les jeunes », pointe Björn Milbradt, sociologue à Institut allemand de la jeunesse. Un point de vue partagé par Jànosch : « Elle a toujours réussi à trouver des solutions dans ces moments-là. »

Mais pour beaucoup de vingtenaires, la mesure emblématique des quatre mandats successifs reste sa gestion de la crise des migrants en 2015. « C’est l’exemple qui nous est le plus resté en tête, assure Lea, étudiante en économie de 25 ans, alors qu’elle s’engouffre dans la bibliothèque de la Humboldt Universität. En ouvrant les frontières, elle a pris sa propre décision et est allée à l’encontre de son parti ». Pas de fanatisme néanmoins chez ces jeunes, conscients du jeu politique. « Elle ne l’a pas fait pas humanisme, analyse Leonhard. C’est pour moi une décision opportuniste, pour son image publique, notamment dans les médias. C’est une bonne politicienne. »

Le nouveau Chancelier attendu au tournant

D’ailleurs, le mandat d’Angela Merkel est loin d’être perçu comme un parcours sans faute dans l’opinion des jeunes. La transformation numérique promise n’a pas été atteinte. « On a l’impression que l’Allemagne est restée bloquée il y a cinq ans sur ces sujets, comme l’accès à Internet dans les zones rurales », ajoute Jànosch. Une thématique qui, selon eux, devra être prise à bras-le-corps par le nouveau chef du gouvernement. Tout comme la question du climat.

Peter, étudiant en sociologie. Il regrette qu'Angela Merkel n'ai pas fait avancer la question du numérique en Allemagne et trouve sa politique insuffisante en matière d'écologie.
Peter, étudiant en sociologie. Il regrette qu'Angela Merkel n'ai pas fait avancer la question du numérique en Allemagne et trouve sa politique insuffisante en matière d'écologie. - Marie de Fournas / 20 Minutes

« Les jeunes activistes de Fridays for Future ont par exemple apprécié que Angela Merkel prenne en compte les conclusions des scientifiques sur le climat, mais ils veulent plus », affirme Björn Milbradt. Pour Peter, l’urgence, « c’est de limiter nos émissions de CO2 ». Selon lui, Angela Merkel a, malgré la sortie du nucléaire, freiné les avancées des énergies renouvelables. « Il faudra que le nouveau chancelier trouve le bon accord entre la politique économique du pays et les mesures écologiques », conclut Leonard.