ONU : Pourquoi la France ne cèdera pas de sitôt son siège au Conseil de sécurité

FAKE OFF Si l'Elysée a démenti une information de la presse britannique ce mercredi, la place de la France au Conseil de sécurité fait débat

Mathilde Cousin
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Emmanuel Macron au Conseil de sécurité de l'ONU à New York, le 26 septembre 2018.
Emmanuel Macron au Conseil de sécurité de l'ONU à New York, le 26 septembre 2018. — CHINE NOUVELLE/SIPA
  • The Daily Telegraph, un quotidien britannique, a avancé ce mercredi qu’Emmanuel Macron pourrait laisser le siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU à l'UE en échange d’un soutien à un plan d’armée européenne.
  • L’Elysée a aussitôt démenti vouloir céder ce siège stratégique, réservé à cinq pays dans le monde.
  • La France n'a aucun intérêt à quitter le Conseil de sécurité au vu de l'importance qu'il revêt d'un point de vue diplomatique, soulignent les spécialistes interrogés par 20 Minutes.

La France entend-elle céder son précieux siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU ? La question est revenue sur le tapis ce mercredi, avec la parution d'un article du journal britannique The Daily Telegraph. Selon le quotidien conservateur, Emmanuel Macron pourrait laisser le siège à l’UE, en échange d’un soutien des 27 à un plan français de création d’une armée européenne.

L’Elysée a immédiatement apposé un démenti ferme : « Contrairement aux affirmations du tabloïd anglais Daily Telegraph relayées ce matin, non, la France n’a pas proposé de laisser son siège au Conseil de sécurité des Nations unies. Il est à la France et le restera. » Il est à noter que le Telegraph n’appartient pas aux tabloïds.

Le débat avait déjà surgi en 2018 et 2019. A l’époque, des dirigeants allemands avaient soutenu l’idée d’un siège de l’UE au Conseil de sécurité, une proposition qui avait été interprétée en partie comme se faisant au détriment du siège français. Une idée déjà écartée par la diplomatie française.

Un retrait « invendable à l’opinion publique »

Céder la place au Conseil de sécurité, « cela n’a jamais été envisagé par la France de manière officielle ni officieuse », abonde auprès de 20 Minutes Alexandra Novosseloff, qui a dirigé l’ouvrage Le Conseil de sécurité des Nations Unies*. Y siéger, « c’est une façon de faire partie des grands de ce monde », ajoute-t-elle. « On ne brade pas ses bijoux de famille. »

Un tel retrait serait d’ailleurs « invendable à l’opinion publique » en France, souligne Franck Petiteville, professeur de sciences politiques et de relations internationales à Sciences Po Grenoble, alors que la campagne pour l'élection présidentielle de mai 2022 débute.

« Que la France se fasse davantage l’écho d’une diplomatie européenne »

La question de la réforme du fonctionnement de ce Conseil, alors que les équilibres mondiaux ont basculé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, se pose pourtant. Mais des obstacles s’y opposent : les membres du Conseil sont des Etats, ce que n’est pas l’Union européenne. Avoir un siège qui représente 27 Etats membres, c’est de plus courir le risque de ralentir le processus de décision de cet organisme restreint. « L’objectif initial était que cet organe restreint puisse prendre des décisions rapidement sur la paix et la sécurité », rappelle Alexandra Novolessoff.

L’Union européenne est présente à l’ONU depuis 1974. Depuis le traité de Lisbonne, elle bénéficie d’un statut d’observateur renforcé. Cela signifie qu' « elle peut participer à des débats à l’Assemblée générale mais qu’elle ne peut pas voter une résolution », rappelle Franck Petiteville.

Comment, dans ce cas, laisser un peu plus de place aux alliés européens de la France au sein de ce Conseil, d’autant plus que l’Hexagone y est le seul représentant des 27 depuis le Brexit ? « La chose envisageable serait que la France se fasse davantage l’écho d’une diplomatie européenne, que la France conçoive son siège plus systématiquement comme porte-voix de l’UE », analyse le professeur, qui ajoute qu’il existe déjà un travail de coordination diplomatique entre l’UE et la France.

Un Conseil qui « décide de la paix et de la sécurité dans le monde »

Si la France tient tant à ce siège, c’est parce que seulement quatre autres Etats dans le monde siègent de manière permanente dans ce Conseil aux côtés de la France : les Etats-Unis, la Russie, la Chine et le Royaume-Uni, les pays vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Ce Conseil « décide de la paix et de la sécurité dans le monde », rappelle Alexandra Novosseloff. Pourvus d’un droit de veto, les membres peuvent bloquer certaines opérations militaires.

Quant au plan d’une armée européenne évoqué par le Daily Telegraph, il s’agit d’un « serpent de mer » qui est en discussion depuis la Communauté européenne de défense, au début des années 1950, complète Franck Petiteville. Si Emmanuel Macron s’est prononcé en 2018 en faveur d’une « armée européenne », une source française  précisait alors à l’AFP qu’il s’agissait, plutôt que de créer des troupes sous la souveraineté de l’UE, de mener des actions coordonnées entre Etat. Il n’a pas, depuis, réemployé ce terme.

*Le Conseil de sécurité des Nations Unies, Entre impuissance et toute puissance, ouvrage dirigé par Alexandra Novosseloff, paru en septembre 2021 chez CNRS Editions.