Madagascar : Plus d’un million de personnes frappées par la famine dans le sud du pays

FAIM Le changement climatique est à l'origine de cette sécheresse

M.F avec AFP
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Des personnes attendent d'être consultés par le personnel médical de Médecins Sans Frontières (MSF) dans le village de Tanarake, à Madagascar le 1er septembre 2021. Depuis juin 2021, MSF a mis en place plusieurs cliniques mobiles pour traiter les cas les plus graves de malnutrition dans le pays.
Des personnes attendent d'être consultés par le personnel médical de Médecins Sans Frontières (MSF) dans le village de Tanarake, à Madagascar le 1er septembre 2021. Depuis juin 2021, MSF a mis en place plusieurs cliniques mobiles pour traiter les cas les plus graves de malnutrition dans le pays. — RIJASOLO / AFP

Une sécheresse exceptionnelle touche de plein fouet le sud de Madagascar. La plus grave depuis 40 ans, souligne l’ONU qui l’attribue au réchauffement climatique. Si le bilan des morts est impossible à chiffrer, plus d’un million de personnes dans cette région sont de ce fait touchées par la famine. Sur des dizaines de milliers d’hectares, les champs ont été réduits en poussière.

La dernière fois qu’il a plu dans le village d’Ifotaka, c’était en mai. Deux heures et c’est tout. Les villages sont abandonnés ou peuplés de paysans hagards qui ne travaillent plus une terre devenue stérile. « Je me sens malade et stressée. Chaque jour je me demande ce que nous allons bien pouvoir manger », confie Monique Helmine, mère de six enfants, dans le village d’Atoby. Elle fait bouillir du cactus, après avoir retiré les piquants à la machette, devant sa maison en bois. Un recours coupe-faim courant dans la région, en dépit des maux de ventre qu’il provoque.

Les aides de l’Etat détournées par des militaires

Arzel Jonarson, 47 ans, sans terre, était employé par des cultivateurs de manioc. Il n’a plus de travail depuis de longs mois. Il récolte du bois. En une semaine, il gagne péniblement 22 centimes d’euros. Le prix d’un bol de riz. A Ankilidoga, un couple âgé et leur fille font cuire des herbes sauvages, en ajoutant beaucoup de sel pour atténuer leur amertume. Normalement, ils cultivent maïs, manioc, arachides et patates douces. Cette année, rien.

Kazy Zorotane, paysanne de 30 ans, élève aussi ses quatre enfants seule. « Je n’ai reçu aucune aide depuis des mois. La dernière fois, c’était un peu d’argent distribué par le gouvernement en juin ». L’équivalent de 22 euros. Selon plusieurs élus de la commune d’Ifotaka, les dernières aides de l’Etat, sous forme de riz, d’huile et de haricots, ont largement été détournées par des militaires en août. Seulement 90 personnes, sur les 500 identifiées, ont reçu cette somme.

Neuf ans, 20 kg

Dans la queue devant la clinique mobile de Médecins sans frontières, qui se déplace de village en village, les enfants empoignent maladroitement des « plumpy », sachets rectangulaires contenant une pâte alimentaire calorique au goût d’arachide, qu’ils portent à la bouche. Dans la foule qui attend, infirmiers et membres du personnel repèrent les cas les plus urgents, examinés en priorité. Les petits sont pesés dans un seau bleu et la circonférence de leurs bras mesurée pour évaluer les effets débilitants de la malnutrition aiguë.

Zapedisoa, neuf ans, est venu avec sa grand-mère à Befeno. Le petit garçon atone, visage éteint, pèse 20 kg et présente des signes alarmants. L’équipe lui donne médicaments et suppléments alimentaires. Satinompeo, toute petite fille aux cheveux ras, a déjà cinq ans. Elle ne pèse que 11 kg. Sévèrement malnutrie, elle s’agrippe au short jaune de son père et pleure : elle a un peu peur des médecins.

Les familles repartent avec de la nourriture calculée selon le nombre d’enfants et pour une période de quinze jours. Plus loin, d’autres ONG internationales ou locales, appuyées par le gouvernement, sont aussi à l’œuvre. A Fenoaivo, un homme de 45 ans veille sur le corps de son père, mort en juin. « Mon père a eu très faim. Il a mangé trop de cactus et d’écorces de tubercules. C’est ça qui l’a tué, comme s’il avait été empoisonné » dit Tsihorogne Monja, près du mort qui repose sous un tissu, dans une cabane à part.