«Andry Rajoelina n'a pas démontré qu'il pouvait diriger un Etat»

INTERVIEW Jacques Hugon, directeur de recherche à l'Iris et spécialiste de géopolitique de l'Afrique, revient sur le coup de force d'Andry Rajoelina à Madagascar...

Propos recueillis par Catherine Fournier

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La Haute cour constitutionnelle (HCC) de Madagascar a officiellement entériné mercredi l'accession au pouvoir d'Andry Rajoelina, désormais président d'une autorité de transition à la tête de l'Etat pour une durée maximale de deux ans.
La Haute cour constitutionnelle (HCC) de Madagascar a officiellement entériné mercredi l'accession au pouvoir d'Andry Rajoelina, désormais président d'une autorité de transition à la tête de l'Etat pour une durée maximale de deux ans. — Alexander Joe AFP

L'ex-maire d'Antananarivo, la capitale de Madagascar, est parvenu à décrocher les clé de la présidence pour vingt-quatre mois après la démission contrainte de Marc Ravalomanana, lâché par l'armée. Jacques Hugon, directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de géopolitique de l'Afrique, revient sur le coup de force d'Andry Rajoelina.

Comment expliquez-vous le revirement de l'armée, qui était restée assez neutre jusqu'à présent dans la crise politique qui opposait Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana?

Une fraction dominante de l'armée ne soutenait plus du tout le président sortant et s'est donc ralliée à son opposant. Elle ne souhaitait pas pour autant prendre le pouvoir car elle reste loyaliste. Le chef d'état major avait lancé un ultimatum afin que les deux hommes trouvent une issue à la crise. Le pouvoir civil a échoué. L'armée est donc intervenue. Mais le directoire militaire auquel Ravalomanana a confié la direction du pays après sa démission l'a aussitôt confiée à Andry Rajoelina.

Ce dernier est finalement parvenu à ses fins...

Oui, d'autant qu'il a obtenu, assez curieusement, le soutien de la Haute cour constitutionnelle. Pour l'instant, il jouit donc de l'appui d'une partie de la population, de l'armée et des juristes. Mais cela ne lui donne pas pour autant toute la légitimité pour gouverner puisqu'il n'a pas été élu et qu'il ne peut de toute façon pas être candidat au poste de président car il n'a que 34 ans. Dans la constitution malgache, il faut être âgé de 40 ans pour prétendre à cette haute fonction.

Son temps au pouvoir est donc compté?

Il a vingt-quatre mois pour gouverner avant la tenue d'élections, ce qui est très long. Rien ne justifie un tel délai car à Madagascar, l'organisation d'élections n'est pas un problème. Ce temps lui permettra sans doute d'organiser un référendum ou de trouver une solution au niveau du Parlement pour faire voter un amendement modifiant l'âge minimum pour se présenter à l'élection présidentielle. Dans ce cas, il aurait peut-être des chances de la remporter car pour l'instant, il n'y a pas d'autre homme fort à Madagascar.

Fera-t-il un meilleur président que Marc Ravalomanana?

Andry Rajoelina est peut-être plus fin sur le plan politique, c'est un brillant orateur et il s'est montré courageux. Mais il n'a pas démontré qu'il pouvait diriger un Etat et il n'a pas de programme. Etre maire de la capitale, cela n'a rien à voir. Marc Ravalomanana avait d'ailleurs été un bon maire d'Antananarivo. Les deux hommes se ressemblent beaucoup. Ce sont deux petits «Berlusconi malgaches», issus du milieu des affaires, qui ont chacun leur chaîne de télévision. Andry Rajoelina tombera-t-il dans le même piège que son prédécesseur, qui avait fini par confondre intérêts privés et publics? C'est difficile à savoir. Mais le peuple malgache n'est pas à l'abri d'une nouvelle désillusion.