Le PDG d'AIG demande aux cadres de rendre la moitié des primes

SCANDALE Obama réclame la création d'une nouvelle autorité réglementaire pour éviter ce genre de pratiques...

Philippe Berry

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Le président Barack Obama a fait valoir jeudi au chef de la diplomatie chinoise Yang Jiechi que la défense des droits de l'homme constituait un "aspect essentiel" de la politique étrangère des Etats-Unis, et a espéré des "progrès" sur la question du Tibet, a annoncé la Maison Blanche.
Le président Barack Obama a fait valoir jeudi au chef de la diplomatie chinoise Yang Jiechi que la défense des droits de l'homme constituait un "aspect essentiel" de la politique étrangère des Etats-Unis, et a espéré des "progrès" sur la question du Tibet, a annoncé la Maison Blanche. — Mandel Ngan AFP
De notre correspondant à Los Angeles

Sur le grill. Pendant 7 heures mercredi,  Edward Liddy, patron de l’assureur AIG a été soumis à la question par le Congrès américain. AIG se trouve au cœur d’une vaste polémique sur des primes juteuses versées à des cadres du groupe avec l’argent du contribuable.

 

«Je vais vous parler comme un vieux professeur à un élève: ‘rendez l’argent’», a attaqué pied au plancher un membre du Congrès. Pour calmer la colère de la commission, Edward Liddy a répondu avoir demandé «à ceux qui ont reçu des paiements de 100.000 dollars ou plus de rendre au moins la moitié de ces paiements». Selon lui, «quelques-uns ont déjà fait un geste et ont proposé de rendre la totalité de leurs primes». Il a encore précisé qu'AIG ne demanderait sans doute pas davantage d'aides fédérales et que le groupe serait petit à petit démantelé pour réduire les risques.

 

>> Nos explications sur la polémique, c’est ici

 

Liddy, qui a pris les rênes du groupe en septembre dernier après le sauvetage par l’Etat (qui s'est engagé à injecter jusqu'à 170 milliards de fonds publics et possède 80% d’AIG), jure le groupe n'a pas eu d'autre choix que de verser ces primes «déplaisantes» car les contrats les réglementant, négociés avant son arrivée, étaient cadenassés.

 

165 millions de dollars ont déjà été versés, pour honorer des bonus visant à retenir les meilleurs employés, une pratique commune à Wall Street. Mais en ces temps de crise, la pilule passe d’autant moins que 11 employés ayant tous touché plus d’un million de dollars chacun... ont malgré tout quitté AIG.

 

L’argument «mains liées» ne passe pas. Un représentant démocrate s’énerve: «Ne vous est-il pas venu à l’idée qu’en tant que PDG, vous auriez pu dire "messieurs, nous sommes en crise, la situation a changé, nous n’allons pas vous verser ces primes. Et si vous n’êtes pas d’accord, rendez-vous au tribunal"». Edward Liddy répond y avoir «sérieusement songé» mais que la plupart des employés auraient claqué la porte, laissant des portefeuilles de milliards de dollars sans personne pour les gérer. Riposte du congressman: «C’est vrai qu’ils ont fait du bon boulot.» Touché.

 

Obama prêt à assumer ses responsabilités

 

Alors qu’il avait promis qu’aucun penny du contribuable n’irait récompenser «les patrons voyous» de Wall Street, Obama est en position difficile. Liddy a beau préciser qu’aucun dirigeant du groupe n’a touché le moindre bonus, et qu’il ne s’agit que des cadres de la division des produits dérivés, le président américain marche sur un fil.

 

Mercredi, il s’est dit prêt à assumer ses responsabilités et a réclamé la création d'une nouvelle autorité réglementaire pour des groupes comme AIG, sur le modèle de celle existant pour les banques. Il a assuré que son administration explorait «tous les moyens possibles» pour récupérer les primes. Il a par ailleurs exprimé sa «confiance totale» dans son secrétaire au Trésor, Tim Geithner, dont certains commencent à réclamer la tête –président de la Fed de New York lors du sauvetage d’AIG, il ne peut se défausser sur l’administration Bush.
 

A qui la faute?

Beaucoup de zones d’ombre persistent sur la timeline des événements. Edward Liddy a confirmé que la Réserve Fédérale était au courant du plan des primes «depuis novembre» mais il ne savait pas si les discussions avaient atteint les oreilles du secrétaire au Trésor (Henry Paulson à l’époque). Selon la chronologie officielle, l’actuel secrétaire du Trésor, Tim Geithner, n’aurait découvert le plan que mardi dernier, et en a informé Obama deux jours plus tard.

 

Le Congrès qui s’offusque aujourd’hui, n’est pas tout blanc. Un amendement  au projet de loi de stimulus fiscal, visant à empêcher de telles pratiques, a été modifié à la dernière seconde en février dernier. Il a permis d'exempter les primes versées avant le 11 février.

A qui la faute? Dans un revirement complet, le sénateur démocrate Chris Dodd a expliqué mercredi être le reponsable... mais qu'il avait agi sur demande de département du Trésor, qui craignait une pluie de poursuites judiciaires. Dodd ne donne pas de nom, mais Tim Geithner va avoir des clarifications à apporter la semaine prochaine: il sera à son tour sur le grill de la commission du Congrès.