Pérou : Le fondateur du Sentier lumineux, Abimael Guzman, est mort en prison

GUERILLA L’ancien leader maoïste, âgé de 86 ans, est décédé dans la prison où il purgeait sa condamnation à perpétuité

20 Minutes avec AFP
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L'ancien leader du Sentier Lumineux, leader Abimael Guzman.
L'ancien leader du Sentier Lumineux, leader Abimael Guzman. — ERNESTO BENAVIDES

Il était surnommé le « Pol Pot des Andes ». Le chef historique de la guérilla maoïste péruvienne du Sentier lumineux, Abimael Guzman, est mort samedi à 86 ans dans la prison où il purgeait sa condamnation à perpétuité, a annoncé son avocat. « Le docteur Abimael Guzman est mort. Son épouse a été informée et a demandé sa dépouille aux autorités », a déclaré Me Alfredo Crespo. L’ex-dirigeant maoïste, incarcéré depuis 1992, était derrière les barreaux à la suite de deux condamnations en 2006 et 2018. Il avait été hospitalisé en juillet. Dans un communiqué, les autorités pénitentiaires péruviennes ont précisé que son décès était lié à « une aggravation de son état de santé ».

Le guérillero et ses lieutenants avaient été arrêtés à Lima en 1992 sous la présidence d’Alberto Fujimori (1990-2000), qui avait lancé une féroce répression contre le mouvement. L’ancien professeur de philosophie portait la responsabilité d’un des conflits les plus sanglants d’Amérique latine, qui a secoué le Pérou entre 1980 et 2000 et fait plus de 70.000 morts et disparus, selon la Commission vérité et réconciliation (CVR).

La « quatrième épée » du marxisme

Abimael Guzman s’était forgé l’image d’un révolutionnaire dur et impitoyable. Les exécutions de paysans et incendies de villages refusant de soutenir la guérilla lui avaient ainsi valu d’être comparé à Pol Pot, le dirigeant khmer rouge du Cambodge. Parmi ses actions les plus sanglantes : l’assassinat en 1984 de 117 paysans de Soras, dans la région d’Ayacucho, ou encore l’attentat à la voiture piégée dans un quartier chic de Lima en 1992, qui avait fait 25 morts et plus de 150 blessés.

L’universitaire, né le 3 décembre 1934 à Mollendo (sud), s’était lancé dans la lutte révolutionnaire au début des années 1960 en abandonnant sa chaire de philosophie à l’Université San Cristobal de Huamanga à Ayacucho, l’une des régions les plus pauvres du Pérou. Peu après, il avait lancé un mouvement politique, le Parti communiste du Pérou-Sentier lumineux (faction dissidente du PC), dont la mission était de « bâtir le communisme en suivant le sentier lumineux de José Carlos Mariategui », fondateur du Parti socialiste péruvien. Le guérillero, qui se faisait appeler « Puka Inti » («soleil rouge » en langue quechua), entretenait un culte de la personnalité parmi les partisans de son mouvement. Ses adeptes qualifiaient ses idées de « quatrième épée » du marxisme, aux côtés de celles de Marx, Lénine et Mao.

« Un pleurnichard »

Son mouvement s’était développé sur le terreau de la révolte indigène, des oubliés de la réforme agraire de 1969 et des étudiants sortant de l’université avec des diplômes inutilisables en raison de la ségrégation raciale et linguistique. Son procès en 2006 avait toutefois révélé une facette inconnue de sa personnalité. Son lieutenant Oscar Ramirez l’avait décrit comme un « lâche, alcoolique et pleurnichard », incapable d’appuyer sur la gâchette d’un fusil.

La « révolution culturelle » de Mao, au milieu des années 1960, avait renforcé sa volonté d’instaurer un système similaire au Pérou. En 1979, il était passé à la clandestinité avec le projet de porter la révolution depuis les campagnes vers les villes et de renverser l’État par la lutte armée. Le 17 mai 1980, le Sentier inaugurait la guérilla par un acte symbolique : l’incendie des urnes d’un village andin à la veille de la première élection organisée après douze ans de dictature militaire.

Montré dans une cage

Très organisés, les guérilleros avaient été au départ bien reçus par la population, à laquelle ils distribuaient des terres. Mais la situation avait dégénéré avec les assassinats de paysans et de responsables communautaires. L’organisation maoïste devint de plus en plus totalitaire, n’hésitant pas à enrôler des enfants dès l’âge de 5 ans dans ses milices ou pour la culture de la coca, et à massacrer les récalcitrants. Mobilisée dès 1982 pour combattre le Sentier Lumineux, l’armée a également été accusée de crimes contre les civils.

L’arrestation en 1992 dans la banlieue de Lima du chef rebelle – montré à la presse dans une cage – avait entraîné une rapide et nette diminution des actions de son mouvement. En 2010, il avait épousé en prison Elena Iparraguirre, n°2 du mouvement, arrêtée avec lui à Lima et condamnée à la perpétuité.

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