Attentats du 11-Septembre : Cinq histoires emblématiques de la tragédie à (re)découvrir

TERRORISME La solitude d'un astronaute, le choix impossible de Dick Cheney, l'attente des survivants... 20 ans après, les attentats racontés en cinq destins

Philippe Berry
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Le vice-président américain Dick Cheney et la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice dans le bunker de la Maison Blanche, le 11 septembre 2001.
Le vice-président américain Dick Cheney et la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice dans le bunker de la Maison Blanche, le 11 septembre 2001. — WHITE HOUSE

Bien sûr, le film des attentats du 11-septembre a été vu en direct par le monde entier. Mais l’avalanche d’images-chocs et de chiffres étourdissants éclipse parfois les histoires humaines. En voici cinq, à l’occasion du 20e anniversaire.

Un Américain se trouvait dans l’espace

Le 11 septembre 2001, l’astronaute Frank Culbertson est le seul Américain qui n’est pas présent sur Terre. Dans la Station spatiale internationale, entrée en service un an avant, il reçoit un appel du centre de contrôle, qui lui apprend que deux avions viennent de frapper les Twin towers. Alors que l’ISS passe au-dessus de la Nouvelle Angleterre, à 400 km d’altitude, il photographie ce panache de fumée qui s’étire vers le sud-est depuis Manhattan. Les deux astronautes russes à ses côtés tentent de le soutenir. Le lendemain, il écrit ces mots : « Outre l’impact émotionnel de notre pays attaqué et de nos citoyens – et peut-être des amis – tués, je ressens un écrasant sentiment d’isolement. » Son camarade de promo de la Naval Academy, Charles Burlingame, était le pilote de vol 77 d’American airlines détourné par les terroristes. Les 59 personnes à bord sont décédées, ainsi que 125 au Pentagone.

Le responsable qui a donné l’ordre de clouer tous avions au sol commençait son premier jour à ce poste

Environ 4.000 avions sont dans les airs quand le World Trade Center est attaqué. Les services de renseignement ne savent pas combien d’appareils ont été détournés. Ben Sliney, qui commence sa toute première journée au poste de responsable des opérations du trafic aérien à la FAA, en Virginie, n’hésite pas un instant. Sans consulter la bureaucratie au-dessus de lui, il donne l’ordre à tous les avions d’atterrir à l’aéroport le plus proche et cloue les autres au sol. En début d’après-midi, Air Force One, avec George Bush à son bord, est le seul avion dans les airs aux Etats-Unis. Ben Sliney joue son propre rôle dans le film United 93, de Paul Greengrass.

Dick Cheney a autorisé une mission kamikaze contre le vol United 93

Pendant que George Bush est dans les airs, son vice-président Dick Cheney est dans le bunker de la Maison-Blanche aux côtés de Condoleezza Rice. Un peu après 9h30, les contrôleurs aériens apprennent que le vol 93 de United Airlines vient d’être détourné. A 9h34, il change de cap au niveau de Cleveland et se dirige vers Washington. Maison-Blanche, Capitole, département d’Etat, Camp David… La cible ne sera jamais établie avec certitude. Dick Cheney appelle George Bush, qui donne son feu vert pour abattre l’appareil.

Sauf que les F16 à proximité ne sont pas armés. Dick Cheney autorise alors une mission kamikaze confiée à deux pilotes, le Colonel Marc Sasseville et la lieutenante Heather Penney, chargés de percuter le Boeing 757. Ils décollent, s’attendant à effectuer une mission dont ils ne reviendront pas. Mais les 33 passagers et sept membres d’équipages, héroïques, se révoltent et tentent de reprendre le contrôle de l’appareil face aux quatre terroristes. L’avion s’écrase finalement dans un champ en Pennsylvanie à 10h03.

Davantage de personnes sont mortes de maladies liées au 11-septembre que dans les attentats

Au total, 2.977 personnes ont été tuées lors des attentats : 2.606 au World Trade Center, dont 658 employés de la banque d’investissement Cantor Fitzgerald et environ 400 pompiers, policiers et secouristes, 125 au Pentagone et 245 passagers et membres d’équipages dans les quatre avions détournés. Mais un rapport du fonds de compensation des victimes, qui dépend du ministère de la Justice, publié cette semaine, estime que « davantage de personnes sont mortes de maladies liées au 11 septembre que lors du 11-septembre ». 67.000 demandes d’indemnisation ont été adressées à ce fonds depuis son ouverture, en 2011, dont la moitié pour des cancers. 3.900 demandes ont été déposées au nom de personnes décédées. Le visage du secouriste Luis Alvarez est devenu l’emblème de ce combat. Atteint d’un cancer lié aux trois mois qu’il a passés au milieu des ruines toxiques, il témoigne le 11 juin 2019 devant le Congrès, méconnaissable avec son visage émacié. Il supplie les élus de prolonger les versements du fonds d’indemnisation. Il décède 18 jours le tard, un mois avant que le Congrès n’approuve une extension jusqu’en 2090.

23 personnes ont survécu sous les décombres

Ce sont les miraculés du 11-septembre. 23 personnes ont survécu à l’effondrement des deux tours. 14 pompiers, qui avaient reçu l’ordre d’évacuer après l’écroulement de la tour sud, continuent pour venir en aide à une femme, au 8e étage. Pour une raison inexpliquée, une partie de l’escalier B résiste à cet endroit, et ils sont secourus quatre heures plus tard.

Genelle Guzman-McMillan, elle, se trouve au 64e étage de la tour nord. En talons, elle descend jusqu’au 13e étage quand le plafond, le sol et les murs autour d’elle sont réduits en poussière. Elle se réveille le lendemain, dans le noir, prise au piège, coincée sous les gravats, seule sa main dépassant. Après une durée indéterminée, elle entend une voix et parvient à appeler à l’aide. Les pompiers parviennent à la dégager. Après 27 heures sous les décombres.