Afghanistan : Pendant le tour de vis des talibans, un premier vol d’évacuation depuis le retrait américain

EXODE Le chef de l’ONU a aussi appelé au dialogue avec les talibans

20 Minutes avec AFP
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Sur le tarmac de l'aéroport de Kaboul, jeudi.
Sur le tarmac de l'aéroport de Kaboul, jeudi. — WAKIL KOHSAR / AFP

Un premier vol passager international a quitté Kaboul jeudi, depuis le chaotique retrait américain fin août d’Afghanistan. Le vol Qatar Airways à destination de Doha s’est déroulé alors que le nouveau pouvoir des talibans s’organise, moins d’un mois après la marche victorieuse de ses combattants sur Kaboul après l’effondrement du gouvernement pro-occidental à la mi-août. Il s’agit du premier vol de ce type depuis le gigantesque pont aérien organisé par les Américains, qui a permis l’évacuation de plus de 123.000 personnes.

Près de 40 citoyens américains avaient été invités mais seuls 21 ont embarqué, a précisé Ned Price, porte-parole du Département d’Etat. A bord se trouvaient également 43 Canadiens et 13 Néerlandais. Un second vol, organisé ce vendredi, avait 49 Français et leurs familles à son bord, a indiqué ce vendredi le ministère français des Affaires étrangères.

Doha est très impliqué dans cette opération comme dans la relance de l’aéroport de Kaboul, qui a fermé après le retrait américain et tarde à rouvrir aux vols réguliers. La Qatar et son alliée la Turquie travaillent depuis plusieurs jours pour préparer les structures aéroportuaires de Kaboul à une réouverture progressive. Une tâche compliquée, tant l’aéroport a souffert des évacuations chaotiques de la fin août.

Beaucoup de monde encore à exfiltrer

Washington reconnaît qu’il reste encore à exfiltrer beaucoup d’Afghans menacés pour avoir travaillé avec l’ancien gouvernement ou les pays occidentaux. Les talibans « ont fait preuve de flexibilité et ils ont été professionnels dans nos échanges avec eux dans cet effort. C’est un premier pas positif », a salué la Maison-Blanche jeudi. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres est allé jusqu’à plaider jeudi pour que la communauté internationale entretienne « un dialogue » avec les talibans en Afghanistan, où il faut éviter une « dégringolade économique » avec « des millions de morts » de faim.

L’émissaire de l’ONU en Afghanistan, Deborah Lyons, a affirmé jeudi devant le Conseil de sécurité que les talibans avaient perpétré des assassinats depuis leur retour au pouvoir, malgré leur promesse d’amnistie. « Il y a des allégations crédibles sur des meurtres de représailles de membres des forces de sécurité et de détention de responsables ayant travaillé pour de précédents gouvernements », a-t-elle dit.

Tour de vis du gouvernement taliban

Mercredi, le nouveau gouvernement taliban, nommé la veille, a donné un tour de vis pour éteindre la contestation en publiant un ordre indiquant que tout rassemblement devrait désormais être autorisé à l’avance par le ministère de la Justice et qu’aucun ne l’était pour l’heure. La menace semble avoir porté : plusieurs manifestations ont été annulées jeudi à Kaboul après l’annonce du gouvernement. Jeudi, on remarquait dans les rues de Kaboul davantage de talibans armés que les jours précédents, dont des membres des forces spéciales en treillis, à des coins de rues et sur les barrages placés sur les grandes artères.

Ces derniers jours, plusieurs rassemblements de centaines de personnes pour la défense des libertés, donc de défiance à l’égard des talibans, ont été dispersés par des combattants armés talibans, notamment dans la capitale Kaboul, à Mazar-i-Sharif (Nord), Faizabad (Nord-Est) et Hérat (Ouest), où deux personnes ont été tuées et plusieurs blessées par balle. Mercredi soir, deux journalistes de l’Etilaat Roz («Jour d’info »), l’un des principaux quotidiens afghans, avaient montré leurs corps meurtris, couverts d’énormes hématomes violacés après une manifestation à Kaboul.