Attentats du 11-Septembre : « Chaos et sirènes »… Des Américains racontent cette journée « qui a changé le monde »

TERRORISME Vingt ans après l’attentat qui a endeuillé New-York, les Américains restent profondément marqués par cette journée du 11 septembre 2001 qui a changé le monde

Pierre Cloix et Philippe Berry
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Le 11 septembre 2001, le monde entier a vu ces images.
Le 11 septembre 2001, le monde entier a vu ces images. — Richard Drew/AP/SIPA
  • Le 11 septembre 2001, des terroristes d’al-Qaïda détournent quatre avions. Deux percutent les tours du World Trade Center, un autre s’écrase sur le Pentagone et le quatrième dans une zone boisée de Pennsylvanie après une contre-attaque des passagers. Ces attentats feront plus de 3.000 morts.
  • Deux décennies plus tard, nombreuses sont les personnes qui se souviennent encore où elles se trouvaient quand ils ont vu les Twin Towers s’effondrer.
  • « 20 Minutes » a compilé les témoignages d’Américains pour qui cette journée a été synonyme d’inquiétude, de peur et d’incompréhension.

C’était une journée ensoleillée à New York, de celle qu’un mois de septembre clément peut offrir. Et puis, le chaos. Le 11 septembre 2001, l’horloge mondiale s’est arrêtée quand un premier avion a heurté la tour nord du World Trade Center à 8h46. La quadruple attaque terroriste, qui a fait près de 3.000 morts, a marqué le monde, et de nombreuses personnes se souviennent où elles étaient, ce qu'elles faisaient et ce qu'elles ont ressenti en voyant les tours jumelles s’effondrer. Si l’événement a eu une résonance mondiale, les Américains, dont le pays a été touché au cœur, ont été encore plus meurtris.

Nathaniel, New-Yorkais en CE1 à l’époque (second grade), vivait son deuxième jour d’école : « Il était tôt le matin et mon professeur reçoit un appel disant que ma mère est là pour me récupérer. Naturellement, je ne comprenais pas pourquoi, car je n’avais rien fait de mal. En passant par l’entrée de l’ école, j’ai vu que plein d’autres parents attendaient leurs enfants. J’ai entendu des murmures selon lesquelles un avion s’était écrasé sur le "World Train Center". »

L’innocence de Nathaniel s’envole une fois l’enfant arrivé sur Hudson Street : « J’ai regardé en direction du Sud et j’ai vu le World Trade Center en feu. On est rentrés à la maison et on a allumé les infos. Plus tard dans la matinée, j’ai vu les deux tours s’effondrer à la télévision, je suis allé le dire à ma mère qui était dans la pièce d’à côté et elle ne m’a pas cru. Jusqu’à ce qu’elle le voie par elle-même », se remémore celui pour qui le reste de la journée ne fut que « chaos, sirènes et appels de proches inquiets. »

« Il y a eu un avant et un après 11-Septembre »

C’est en sortant d’un tunnel de Brooklyn que Tania, alors étudiante, remarque ce qu’elle prend d’abord pour un « étrange nuage dans le ciel azur ». Alors que son métro s’engage sur le pont de Manhattan, elle comprend qu’il s’agit d’un panache de fumée. « J’ai vu des flammes sortir du World Trade Center », situé 2 km à l’ouest. En descendant du métro, près de Central Park, elle tente sans succès d’appeler sa mère, puis son copain de l’époque avec son téléphone portable. Sa mère finit par réussir à la joindre un peu plus tard : « Elle était hystérique. Je ne l’avais jamais entendue paniquer comme ça. Elle était terrifiée de ne pas avoir de nouvelles car j’aurais pu prendre un autre métro pour aller à la fac, qui passait sous le World Trade Center. »

A l’université, les cours s’arrêtent après une trentaine de minutes. Et la jeune femme n’a « qu’une idée en tête : sortir de Manhattan. » Avec une amie, elle retrouve son frère, étudiant à Columbia. Problème : les trains et les métros sont à l’arrêt dans la péninsule. Le trio marche plus de huit kilomètres pendant deux heures et franchit un pont pour rejoindre le Queen’s, à l’Est de Manhattan, avant de prendre le G train vers Brooklyn.

En arrivant chez elle, vers 16 heures, Tania découvre les images des tours effondrées. Vingt ans après, elle cherche ses mots : « l’horreur, la destruction, le monde changé. Après l’adrénaline, toutes les émotions de la journée ont déferlé. » Tania confie avoir eu peur pendant longtemps en voyant des avions dans le ciel et penser encore aux attentats quand elle est dans les transports en commun : « On ne sait jamais quand il peut y avoir un attentat ou une fusillade de masse. Il y a eu un avant et un après 11-Septembre. »

« L’attaque a solidifié mon désir de servir mon pays »

Avec les trois heures de décalage horaire, la Californie se réveille à peine quand les avions détournés par les terroristes percutent les tours jumelles, à 5h46 et 6h03. Charlie Jasper commence son année de terminale à Santa Monica. Un ami passe le prendre en voiture et crie : « ils ont attaqué à la bombe le World Trade Center ! ». Ils écoutent l’animateur radio Howard Stern en conduisant et regardent, sidérés, les images des Twin Towers qui s’effondrent sur des téléviseurs du lycée. « Tout le monde avait peur mais les gens se sont serré les coudes », résume celui qui est aujourd’hui consultant en sécurité.

« Cette attaque a renforcé mon désir de servir le pays », explique Charlie. Qui ira à l’université avec une bourse de ROTC (officiers de réserve) puis s’engagera dans l’armée et sera déployé en Irak. Malgré ses désillusions sur la guerre en Afghanistan, il est catégorique : « Est-ce je prendrais la même décision aujourd’hui ? Sans hésiter ! »

Des marins de l'US Navy rendent hommage à l'officier Gilbert Minjares Jr, tué en Iraq en le 7 février 2007.
Des marins de l'US Navy rendent hommage à l'officier Gilbert Minjares Jr, tué en Iraq en le 7 février 2007. - Mark Lambie/AP/SIPA

« Je me suis réveillée à 6 heures sous le soleil de San Diego. Ils parlaient à la radio d’un avion ayant frappé une des tours du World Trade Center. J’ai allumé la télévision et appelé Craig, mon compagnon, qui se brossait les dents. On a vu avec horreur le second avion percuter l’autre tour. On s’est regardés, comprenant aussitôt que ce n’était pas un accident. Et on s’est demandé ce que ça voulait dire pour nous deux, en tant que marins de l’US Navy en service actif », se rappelle Beth. Pour elle, la mission ne viendra pas tout de suite. Elle sera finalement déployée sur un navire au large de l’Irak sept ans plus tard, en 2008.

« J’ai regardé avec horreur les bureaux dans lesquels j’aurais dû me trouver brûler »

Ida Draim, une avocate de Washington, devait rencontrer deux clients travaillant pour la banque Cantor Fitzgerald, le 11 septembre au matin. Mais la veille, leur patron repousse le meeting, souhaitant accompagner son fils pour sa rentrée en maternelle. C’est donc dans son cabinet de Washington qu’Ida, après un jogging matinal, trouve ses collègues devant la télé et voit la tour nord en feu : « j’ai regardé avec horreur les bureaux dans lesquels j’aurais dû me trouver brûler. » Les bureaux de la banque d’investissement occupaient les 101 et 105 étages de la tour nord. Les employés ont été piégés au-dessus de la zone d’impact située entre les 93 et 99e étages.

La famille de Daniel Trant, un employé de la banque Cantor Fitzgerald tué dans les attentats du 11-septembre, lors des commémorations du 11 septembre 2002.
La famille de Daniel Trant, un employé de la banque Cantor Fitzgerald tué dans les attentats du 11-septembre, lors des commémorations du 11 septembre 2002. - JIM BOURG/AP/SIPA

Ida a confirmation quelques jours plus tard que ses deux clients, David Weiss et Geoff Cloud, sont morts dans l’attaque. Cantor Fitzgerald a été l’entreprise la plus lourdement touchée par les attentats : aucun des 658 employés présents au bureau ce jour-là, sur un total de 960 salariés new-yorkais, n’a survécu.