Irak : Un méga-contrat de 27 milliards de dollars avec TotalEnergies

INVESTISSEMENT La major française prévoit d’investir initialement 10 milliards de dollars dans les infrastructures, dont le produit permettra ensuite une seconde salve d’investissements de 17 milliards

20 Minutes avec agences
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La tour Total, à La Défense.
La tour Total, à La Défense. — ISA HARSIN

Le gouvernement irakien et le français TotalEnergies ont signé dimanche à Bagdad un méga-contrat destiné à générer 27 milliards de dollars d’ investissement dans la production pétrolière, gazière et solaire du pays, confronté à une crise énergétique aiguë. Cet accord a une valeur totale de « 27 milliards de dollars » (près de 23 milliards d’euros), a indiqué le ministre irakien du Pétrole Ihssan Ismaïl, après avoir paraphé l’accord avec le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné.

La major française prévoit d’investir initialement 10 milliards de dollars dans les infrastructures, dont le produit permettra ensuite une seconde salve d’investissements de 17 milliards, ont expliqué les deux responsables. Sollicité, le groupe n’a livré ni le détail ni la durée de cette entente, intervenue au terme de plusieurs mois de négociation qui ont vu Patrick Pouyanné se déplacer à plusieurs reprises en Irak.

Le « plus gros investissement d’une entreprise occidentale en Irak »

« Il s’agit du plus gros investissement d’une entreprise occidentale en Irak », s’est félicité M. Ismaïl. « Heureux d’être à Bassorah où j’ai visité des champs gaziers et pétroliers », avait tweeté M. Pouyanné en janvier. « Réduire le torchage et relever la production de gaz sont une priorité pour l’Irak comme pour Total. Travaillons ensemble ! »

Le premier des quatre projets actés vise à acheminer de l’eau de mer du Golfe vers les champs pétroliers du sud. L’eau, denrée rare, est nécessaire pour extraire le pétrole enfoui dans les sous-sols. Et plus il faut extraire en profondeur, quand les hydrocarbures proches de la surface sont déjà exploités, plus il faut de l’eau, à dessaler. Un autre projet permettra de porter la production du champ pétrolier d’Artawi, dans le sud de l’Irak, de 85.000 barils/jour à 210.000 b/j.

Un troisième prévoit la construction d’un complexe qui exploitera les gaz issus des gisements du secteur. Il s’agit notamment, plutôt que de « torcher » (brûler) le gaz excédentaire issu de ces champs, de le récupérer à des fins de production électrique. Cela permettra, selon les services du Premier ministre, de « réduire les importations de gaz ». Enfin, le quatrième projet installera des panneaux solaires à Artawi, près de Bassorah (sud). A terme, ce site devrait atteindre une capacité de 1.000 mégawatts, l’équivalent d’un réacteur nucléaire, selon une source au ministère du Pétrole, qui ajoute : « L’Irak ne paiera rien ».

« L’idée est de maximiser la production gazière »

L’énergie électrique produite par le solaire a un « coût inférieur de 45 % par rapport au coût des centrales électriques traditionnelles », s’est félicité le gouvernement irakien. Le ministre du Pétrole avait expliqué en février que Total avait formé une équipe technique de haut niveau pour installer une centrale à gaz à Artawi. « L’idée est de maximiser la production gazière », avait-il dit. L’Irak dispose d’immenses réserves d’hydrocarbures. C’est le deuxième pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), et l’or noir représente plus de 90 % de ses revenus.

Mais il est confronté à une crise énergétique aiguë et connaît d’incessantes coupures d’électricité, qui alimentent le mécontentement social. Le pays a même connu un black-out de près d’une journée début juillet, tandis que les températures frôlaient les 50 degrés. En cause : le manque d’investissements et la vétusté du réseau, que les dirigeants du pays tentent d’expliquer par la baisse des cours du baril.

L’Irak est ainsi ultra-dépendant de son voisin iranien, qui lui fournit un tiers de ses besoins en gaz et en électricité. Une dépendance coûteuse : Bagdad doit six milliards de dollars à Téhéran pour sa fourniture d’énergie. Quant à l’ancien Total, l’une des cinq « supermajors » mondiales, il vient de se renommer TotalEnergies pour symboliser sa diversification dans les énergies plus propres. Le groupe est toujours largement concentré sur le pétrole et le gaz, tout en affichant son intention de consacrer cette année 20 % de ses investissements de croissance à l’électricité et aux énergies renouvelables.

Il indique être présent en Irak depuis les années 1920, dans l’exploration-production d’hydrocarbures, avec aujourd’hui des participations minoritaires dans le champ de production pétrolière d’Halfaya (Missan, sud) et dans le bloc d’exploration de Sarsang (nord du Kurdistan irakien). Il y commercialise aussi des produits (lubrifiants) et services.