Afghanistan: Le nouveau gouvernement attendu, inquiétudes sur l'avenir de la mission de l'ONU

CONFLIT Alors que le nouveau gouvenement des talibans pourrait être connu ce vendredi, l'avenir de la mission humanitaire de l'ONU inquiète 

20 Minutes avec AFP
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Un village après des inondations le 1er août 2020 en Afghanistan (illustration).
Un village après des inondations le 1er août 2020 en Afghanistan (illustration). — STR/AP/SIPA

Des dizaines de femmes ont protesté, jeudi, en Afghanistan, avant l’annonce de la formation du nouveau gouvernement des talibans, qui ne devrait pas inclure de femmes.

Selon des sources talibanes, les nouveaux maîtres du pays pourraient annoncer la composition de leur gouvernement juste après la prière ce vendredi, quelques jours seulement après le départ lundi des dernières troupes américaines et la fin d’une guerre de 20 ans.

« Nous n’avons pas peur, nous sommes unies »

Les talibans ont maintes fois promis que ce gouvernement serait « inclusif ». Le chef adjoint de leur bureau politique au Qatar, Sher Mohammad Abbas Stanekzai, a renouvelé cette promesse mercredi dans une interview à la BBC. Mais il a aussi laissé entendre qu’il « pourrait ne pas y avoir » de femmes nommées ministres, mais uniquement à des échelons inférieurs. Parias lors de leur premier passage au pouvoir entre 1996 et 2001, les talibans sont attendus au tournant par la communauté internationale qui garde en mémoire la brutalité de leur régime à l’époque. Leur application stricte de la charia, la loi islamique, s’était notamment traduite par la disparition progressive des femmes de l’espace public et par la persécution des opposants.

Une cinquantaine de femmes sont descendues jeudi dans les rues d’Hérat, capitale cosmopolite de l’Ouest afghan, pour revendiquer leur droit à travailler et réclamer la participation de femmes au nouvel exécutif, a constaté un journaliste. « C’est notre droit d’avoir une éducation, du travail et la sécurité », ont chanté à l’unisson les manifestantes. « Nous n’avons pas peur, nous sommes unies. » « Des pourparlers sont en cours pour former un gouvernement mais ils ne parlent pas de la participation des femmes », a regretté Basira Taheri, l’une des organisatrices de la manifestation. « Nous voulons que les talibans tiennent des consultations avec nous », a-t-elle ajouté. « Nous continuerons nos manifestations, elles ont commencé à Hérat, elles s’étendront bientôt à d’autres provinces ».

18 millions de personnes dans une situation humanitaire désastreuse

Mais un autre aspect inquiète également la communauté internationale : le sort de la mission de l’ONU en Afghanistan. Le mandat de cette mission d’assistance appelée Manua en français (Unama en anglais) arrive à échéance le 17 septembre et un débat sur sa prolongation est prévu le 9 septembre au Conseil de sécurité de l’ONU. La situation reste très incertaine et ce serait « une approche raisonnable à ce stade » d’effectuer un « renouvellement technique » du mandat, estiment sous couvert d’anonymat plusieurs sources onusiennes.

Pour l’Organisation et les Occidentaux, l’objectif est « de ne pas perdre certains aspects » du mandat actuel, « incluant les droits humains, la protection des civils » et la coordination de l’aide humanitaire internationale. En Afghanistan, 18 millions de personnes sont dans une situation humanitaire désastreuse. Un nombre équivalent pourrait les rejoindre, a récemment averti l’ONU en appelant à des dons internationaux. Jeudi, le porte-parole de l’Organisation, Stéphane Dujarric, a annoncé que des vols humanitaires opérés par le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) avaient « récemment repris » permettant « à 160 organisations humanitaires de poursuivre leurs activités vitales dans les provinces afghanes ».