Afghanistan : Les talibans formeraient un gouvernement exclusivement masculin, des femmes manifestent

POLITIQUE La composition du gouvernement devrait être présentée juste après la prière ce vendredi

M.F avec AFP
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Les talibans sont sur le point d'annoncer la formation de leur nouveau gouvernement, qui ne devrait pas inclure de femmes. (Illustration)
Les talibans sont sur le point d'annoncer la formation de leur nouveau gouvernement, qui ne devrait pas inclure de femmes. (Illustration) — Markus Schreiber/AP/SIPA

Le monde et les Afghans attendent de découvrir le visage du nouveau gouvernement formé par les talibans. Si les fondamentalistes islamistes ont maintes fois promis qu’il serait « inclusif », ce dernier risque pourtant de ne pas être très féminin. Interviewé mercredi par la BBC, le chef adjoint de leur bureau politique au Qatar, Sher Mohammad Abbas Stanekzai, a ainsi laissé entendre qu’il « pourrait ne pas y avoir » de femmes nommées ministres ou à des postes à responsabilité, mais uniquement à des échelons inférieurs.

Les nouveaux maîtres de l'Afghanistan devraient annoncer la composition officielle de leur gouvernement juste après la prière ce vendredi. Mais certaines ne comptent pas attendre cette échéance pour faire entendre leur voix. Une cinquantaine de femmes sont descendues jeudi dans les rues d’Hérat, capitale cosmopolite de l’Ouest afghan, pour revendiquer leur droit à travailler et réclamer la participation de femmes au nouvel exécutif. «  C’est notre droit d’avoir une éducation, du travail et la sécurité », ont chanté à l’unisson les manifestantes. « Nous n’avons pas peur, nous sommes unies. » « Nous voulons que les talibans tiennent des consultations avec nous », a indiqué Basira Taheri, l’une des organisatrices de la manifestation. « Nous continuerons nos manifestations, elles ont commencé à Hérat, elles s’étendront bientôt à d’autres provinces. »

Comment les talibans vont-ils gérer les manifestations

Ce genre d’expression publique de mécontentement est une nouveauté pour les talibans, qui réprimaient impitoyablement toute contestation lors de leur régime précédent. Cela montre qu’ils vont devoir s’adapter à une société afghane devenue plus libérale et plus ouverte sur le monde extérieur ces 20 dernières années.

Parias lors de leur premier passage au pouvoir entre 1996 et 2001, les talibans sont attendus au tournant par la communauté internationale qui garde en mémoire la brutalité de leur régime à l’époque. Leur application stricte de la charia, la loi islamique, s’était notamment traduite par la disparition progressive des femmes de l’espace public et par la persécution des opposants.

« Faites quelque chose pour les femmes afghanes »

« Je veux dire à la communauté internationale : s’il vous plaît, faites quelque chose pour les femmes afghanes », a déclaré la journaliste Beheshta Arghand, l’une des 123.000 personnes, afghanes et étrangères ayant fui le pays.

Les talibans se sont efforcés depuis plusieurs semaines de présenter un visage plus modéré et plus ouvert, assurant que le droit des femmes serait respecté. Ils ont noué des contacts notamment avec des personnalités afghanes qui leur sont opposées, comme l’ex-président Hamid Karzaï, ou l’ancien vice-président Abdullah Abdullah. Mais rien n’a transpercé sur leurs intentions réelles à leur égard et leurs déclarations peinent à convaincre.

« Vos armes n’auront aucun effet contre la colère du peuple »

Selon Tolo News, le chef des talibans, le mollah Hibatullah Akhundzada, exercera l’autorité suprême au titre de guide religieux du pays. Mais la responsabilité de mener le gouvernement pourrait être confiée au co-fondateur du mouvement, Abdul Ghani Baradar. Ce gouvernement aura devant lui un lourd défi : celui de rebâtir une économie détruite par deux décennies de guerre et largement dépendante de l’aide internationale, qui a été en grande partie gelée depuis la prise du pouvoir par les talibans le 15 août.

« L’effondrement de l’économie et le manque de services vont très prochainement peser sur les gens, et vos armes et vos méthodes violentes n’auront aucun effet contre la résistance et la colère du peuple. C’est juste une question de temps, rien de plus », a mis en garde mercredi le vice-président sortant Amrullah Saleh, ennemi juré des talibans qui s’est réfugié dans la vallée du Panchir, où un mouvement de résistance au nouveau pouvoir a pris forme.

Trouver d’urgence des fonds

Les talibans vont devoir trouver d’urgence les fonds pour verser les salaires des fonctionnaires et maintenir en état de marche les infrastructures vitales (eau, électricité, communications). L’ONU craint une « catastrophe humanitaire » en Afghanistan et « un effondrement total des services de base ». Les talibans doivent aussi prouver qu’ils ont l’expertise pour diriger le pays, alors que des dizaines de milliers d’Afghans, souvent parmi les plus éduqués et qualifiés, ont fui l’Afghanistan depuis leur arrivée au pouvoir.

L’une de leurs priorités sera de remettre en état l’aéroport de Kaboul, d’une importance cruciale pour faire transiter le soutien médical et humanitaire dont le pays a besoin. Sollicité par les talibans, le Qatar travaille à cette réouverture «dès que possible», a indiqué jeudi son ministre des Affaires étrangères, Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani, tout en soulignant qu’il n’y avait « pas encore d’accord ».