Tunisie : Amnesty réclame la fin des interdictions de voyage «arbitraires»

Droits L’organisation de défense des droits humains affirme avoir recensé depuis le 25 juillet au moins 50 cas d’interdictions de voyage

Emilie Jehanno
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Kais Saied, à Tunis, le 1er août 2021.
Kais Saied, à Tunis, le 1er août 2021. — Slim Abid/AP/SIPA

L’ONG Amnesty International a qualifié, jeudi, d'« arbitraires » et d'« illégales » les interdictions de voyage imposées à plusieurs personnalités depuis le coup de force du président tunisien Kais Saied. Ce dernier accapare, depuis le 25 juillet, tous les pouvoirs.

L’organisation de défense des droits humains affirme avoir recensé depuis cette date au moins 50 cas d’interdictions de voyage ayant ciblé des juges, fonctionnaires et hommes d’affaires et un parlementaire. « Le nombre total est probablement bien plus élevé », a ajouté Amnesty dans un communiqué.

«Pas de procès ni d'enquête judiciaire»

L’examen des 50 cas recensés par l’association « montre que les personnes interdites de voyage n’avaient pas réellement de procès ni d’enquête judiciaire ouverte à leur encontre » et qu’elles n’ont été informées de l’interdiction de voyage que verbalement par des agents de sécurité de l’aéroport.

Ces interdictions sont « sans justification et en l’absence de toute décision judiciaire, en violation flagrante de leur droit à la liberté de mouvement », a dénoncé Heba Morayef directrice d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, citée dans ce communiqué. « Même dans des circonstances exceptionnelles, une personne devrait pouvoir voir et contester les preuves sur lesquelles se fonde une interdiction de voyager », a-t-elle ajouté.

Un coup de force

Kais Saied, président élu en 2019, a invoqué la Constitution pour s’octroyer les pleins pouvoirs, limoger le chef du gouvernement et suspendre le Parlement pour une période initiale de 30 jours, avant d’annoncer lundi soir la poursuite sine die de ces mesures.

Depuis ce coup de force, arrestations, interdictions de voyage et assignations à résidence ont visé magistrats, députés et hommes d’affaires, dans le cadre d’une « purge » anticorruption promise par Kais Saied, suscitant désormais des craintes d’un recul des libertés en Tunisie.