Imbroglio autour de l'accueil en France de cinq Afghans suspectés de liens avec les talibans

TALIBAN Un Afghan arrivé en France a reconnu des liens avec les talibans, un autre est placé en garde à vue

Jean-Loup Delmas
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Un Afghan est activement surveillé en France, un autre est placé en garde à vue
Un Afghan est activement surveillé en France, un autre est placé en garde à vue — BERTRAND GUAY / AFP
  • Depuis plusieurs jours et la prise de Kaboul par les talibans, la France accueille des Afghans sur son territoire.
  • Il y a quelques heures, cinq hommes ont été placés sous surveillance par les services de renseignement français. L’un d’entre eux a même été mis en garde à vue.
  • 20 Minutes vous refait le film des évènements, jour après jour.

Depuis la prise de Kaboul par les talibans le 15 août, la France évacue de nombreux Afghans vers son territoire. Des évacuations jusque-là sans accroc, avant un imbroglio ces dernières heures à la suite de la surveillance de cinq Afghans. L’un d’entre eux est soupçonné d’être proche des talibans, un autre est placé en garde en vue, selon les dernières informations recueillies ce mardi.

20 Minutes fait le récapitulatif des événements.

Mardi 17 août : Une « aide précieuse » à l’ambassade de France

Tout commence à l’ambassade de France de Kaboul, ville aux mains des talibans depuis le 15 août. Un jeune homme de 26 ans aurait aidé à l’évacuation de Français et de personnes ayant travaillé pour la France, lors de l’évacuation très tendue de l’ambassade française, selon le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. Ce dernier souligne même que l’homme aurait « probablement sauvé des vies », dans une interview à BFM. Même son de cloche chez le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui a déclaré à l’Agence française de presse (AFP) que l’individu a « très largement aidé à l’évacuation de l’ambassade de France ». Selon le patron du RAID, Jean-Baptiste Dulion, 216 personnes, dont 25 Français, ont été exfiltrés de l’ambassade à cette occasion.

Mercredi 18 août : Evacuation de Kaboul

L’homme aurait quitté la capitale afghane à bord d’un avion militaire gros porteur A400M le 18 août, en compagnie de deux de ses frères et de deux proches aux liens moins étroits. « Devant les difficultés extrêmement fortes de pouvoir faire des enquêtes de sécurité sur les personnes devant être rapatriées », les autorités françaises « ont accepté d’embarquer cette personne et sa famille », précise le ministère de l’Intérieur. Selon les mêmes sources, son action héroïque lors de l’évacuation de l’ambassade aurait contribué à son évacuation. Autre motif évoqué pour valider son départ vers la France, en raison de son intervention lors de l’évacuation de l’ambassade, l’homme « risquait des représailles importantes », selon une source proche du dossier.

Halte à Abou Dhabi

Comme précisé par le ministère plus haut, les vérifications n’ont pas forcément le temps de se faire à Kaboul, en raison du contexte géopolitique extrêmement tendu et de l’urgence d’évacuer au plus vite un maximum de personne. En conséquence, chaque avion allant à Paris fait une halte à Abou Dhabi, aux Emirats arabes unis, ce qui permet, dans un contexte apaisé, la vérification des informations et des profils.

Lors de cette escale, plusieurs Afghans le désignent aux autorités françaises comme étant proche des talibans. Retrouvé par les services de renseignement, l’homme a admis son appartenance au mouvement taliban et reconnu avoir porté des armes en tant que responsable d’un barrage taliban à Kaboul, selon l’arrêté pris par le ministre, au cours d’entretiens de sécurité mené par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Lundi 23 août matin : Mise en place du Micas

Après leur arrivée en France ce week-end, quatre de ces individus sont placés dans une structure d’accueil située à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis). Lundi 23 août, des policiers leur apprennent qu’ils font l’objet d’une « mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance » (Micas) avec des mesures restrictives de liberté, en raison de leur lien avec « un mouvement se donnant comme fin l’instauration d’un émirat islamique régi par la charia et le terrorisme comme moyen » et « des personnes ou des organisations facilitant ou participant à des actes de terrorisme ». Un cinquième homme, venu par un autre vol, est concerné, car des surveillances de la DGSI montrent des liens possibles avec les quatre individus.

Selon le ministère de l’Intérieur, ces cinq hommes sont les seuls débarqués en France pour le moment à faire l’objet de remontées de la DGSI, même si le ministère reste « extrêmement attentif ».

Lundi 23 août fin d’après-midi : Interpellation de l’un des cinq individus

Un de ces cinq individus a ensuite été placé en garde à vue, a annoncé ce mardi le porte-parole du gouvernement. Il ne s’agit pas de l’homme qui a aidé à l’ambassade française et qui a reconnu des liens avec les talibans, mais d’un de ses proches.

L’homme a été placé en garde à vue car il a rompu ce lundi la mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance, a indiqué le parquet de Paris. Il n’est sorti que « quelques minutes » de la « zone que la DGSI lui avait demandé de garder », a précisé Gérald Darmanin sur France Info.